Piétonnier à Bruxelles: « Personne n’est prêt »

Le piétonnier à Bruxelles: depuis ce lundi, c’est parti! On y a traîné les pieds. Ambiance d’un gentil chaos.

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Il n’est pas encore 8h du matin, et c’est un peu morne plaine sur le nouveau piétonnier du centre de Bruxelles. Ça contraste du moins avec les 100.000 festifs qui ont déambulé la veille au même endroit, entre le boulevard Anspach et la place De Brouckère. Ce matin, c’est presque avec une forme d’irrévérence ou de fausse insubordination que quelques badauds marchent ostensiblement au centre d’une chaussée squattée il y a encore deux jours à peine par les voitures et leur gaz d’échappement. En attendant la fin d’ici 2018 des travaux d’aménagement, ce piétonnier de fortune a une drôle de gueule, encadré par des barrières Nadar, traversé de marquages routiers au sol et parsemé de bancs en bois aux formes indisciplinées qui leur donnent des airs de construction d’Arne Quinze et que les passants regardent un peu incrédules. 

On nous assure: d’ici quelques mois, le piétonnier vaudra le détour. Certains ironisent déjà: « le détour, oui… surtout en voiture! ». Un petit tour, physique, à Arts-Lois. Un autre, virtuel, sur Twitter, nous le confirment: sur le nouveau « mini-ring », c’est le bordel.    

Ici, au centre-ville, tout est paisible. Ah. Non. A quelques pas, à hauteur des barrières Nadar qui barrent l’accès à la zone piétonne, un livreur est en discussion animée avec des policiers. Il ne comprend pas qu’il ne peut pas passer, il n’est pas au courant du nouveau plan de mobilité. Les pourparlers dureront trois-quatre minutes. Le bon sens finira par faire loi. Et le livreur, par livrer.

Autre attroupement un peu plus loin. Des agents de la STIB tentent d’expliquer à des habitués des lignes 38, 71 ou 86 les nouveaux itinéraires. On surprend:

“- Oh Monsieur, c’est un prospectus avec les explications des changements que vous avez en main? »

– Oui mais c’est le mien!

Il n’y en a pas d’autres pour les usagers? »

– Non, pas encore, Madame… »

Ce ne sera pas la dernière scène surréaliste qu’il nous sera donné à voir. Un collègue journaliste nous rapporte qu’un chauffeur de bus lui a demandé s’il n’était pas au courant du nouvel itinéraire qu’il est censé emprunter…

Autre surréalisme made in Brussels: après avoir déposé ses passagers au terminus, un chauffeur du 71 va mettre son bus en stationnement à deux rues de là, avant le prochain départ. Problème… Des passagers inattentifs ne sont pas descendus et sont désormais bloqués: le bus est stationné du côté gauche d’une rue désormais à sens unique, les portes de débarquement sont à droite et il est interdit en théorie au chauffeur de les ouvrir hors-arrêt, a fortiori en faisant sortir les gens côté circulation. Il aurait en principe dû retenir ses usagers prisonniers de son véhicule pendant 20 minutes… Il choisira plutôt de se faire réprimander par son supérieur pour avoir contrevenu aux consignes.   

Les agents de la STIB avec qui nous discutons oscillent entre ironie et colère. “On n’a pas été consultés par la ville. C’est une bonne idée en soi, mais on a été trop vite en besogne. Personne n’est prêt. » De fait: des ouvriers sont occupés à percer le trottoir pour retirer les panneaux routiers de signalisation devenus obsolètes. Voir carrément contradictoires. Donc dangereux. Sur une des routes ouvertes aux voitures qui traversent perpendiculairement le piétonnier, les panneaux de signalisation contredisent les marques au sol. Résultat, devant nos yeux, des cyclistes, des voitures, des camionnettes et même deux taxis passent en sens interdit. A côté de nous, l’agent de la STIB assermenté, lui, note les plaques d’immatriculation au vol, pour verbaliser les distraits… 

Son collègue, posté à proximité de feux rouges devenus inactifs, a quant à lui son running gag. Apostropher, un peu goguenard, piétons et automobilistes qui attendent au carrefour avec un air interdit: « Eh si tu attends que ce soit vert, tu vas attendre longtemps hein! ».  Avant de nous prédire: « Ici c’est encore rien… C’est après les vacances qu’on s’amusera vraiment ». Qui vivra rira? 

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