A l’heure du terrorisme « franchisé »

Les attaques en France et en Tunisie de ce vendredi n’étaient pas du même registre. Décryptage avec le journaliste Azzedine Ahmed-Chaouch, auteur de La France du djihad (Editions du Moment).

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Pensez-vous que les attaques en France, en Tunisie et au Koweït aient été coordonnées?

Azzedine Ahmed-Chaouch – Non. Pour moi, il faut dissocier l’attaque française des attaques en Tunisie et au Koweït, qui semblent avoir été organisées et qui ont été revendiquées. En France, Yassine Salhi aurait a priori agi seul, ce qui valide la stratégie de « terrorisme franchisé » de Daech. Ils ont appelé « toute personne se sentant musulmane et ayant un sentiment d’injustice dans ce monde de mécréants » à travailler à distance pour eux, quelles que soient sa logistique, sa formation au maniement des armes, etc. Cette stratégie pousse des gens avec des failles personnelles à passer à l’acte. En espérant, au passage, devenir des héros…

Ce serait donc une récupération de la martyrologie de Daech, de la part de quelqu’un qui, il y a 20 ans, aurait pété un plomb et aurait « simplement » tué son patron?

A. A.-C. – Exactement. Soit il règle un différend et en profite après-coup pour donner à son meurtre un vernis politique et religieux. Soit il a trouvé dans cette nouvelle appartenance un nouveau sens à sa vie, sans pour autant forcément prendre des ordres de l’étranger ou s’être entraîné avant… Ça répond à l’appel de Daech, qui fait de la « sous-traitance ». C’est très avantageux pour eux: ils ne revendiquent que quand l’action est un succès. Ici, à part la décapitation qui pourrait être un symbole intéressant pour eux, ce n’est pas une attaque très glorieuse: l’explosion a foiré, le terroriste se fait neutraliser par un pompier armé d’une hache… 

On voit donc apparaître de nouveaux profils. Des « loups solitaires »… un peu boiteux?

A. A.-C. – Quand on voit les deux derniers terroristes qui ont agi en France, ils n’ont pas le parcours de grands délinquants radicalisés. Ce sont un étudiant et un père de famille, sans passé judiciaire, qui ont agi avec peu de préparation, sans arme à feu… Traditionnellement, des profils de ce genre auraient été refoulés par l’organisation terroriste qui aurait dit: « Ce sont des boulets, ils ne sont pas entraînés… ». Ici, au contraire, ils sont un atout parce que, sans fichier judiciaire, ils sont moins détectables. Leur « inconvénient », en revanche, c’est qu’ils n’arrivent pas forcément au bout de leur action. Jusqu’ici, du moins. Parce que les policiers disent que le jour où un de ces terroristes non aguerris sera un peu plus « doué », ça va faire très mal.

Découvrez, dans le Moustique de ce 1er juillet, notre article complet sur les attaques terroristes de vendredi dernier.

 

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