Rock Werchter 2015: le débrief de la journée de vendredi

La classe de Balthazar, le charme d'Ibeyi, la folie Alt-J et aussi des déceptions...

balthazar

> Balthazar

Après son concert magique de présentation de son troisième album « Thin Walls » au Cirque Royal dans le cadre des Nuits Botanique, Balthazar entamait son marathon des festivals à Rock Werchter. Suite à l’annulation de Ben Howard pour cause de virus, le groupe de Courtrai s’est retrouvé finalement sur la grande scène et a volé la vedette à tout le monde, y compris les blockbusters Mumfords & Sons (ceux-là, rien qu’à écrire leur nom, on se remet à bailler) ou Pharrell Williams. « Comment ça va Werchter, pas trop fatigué, pas trop malade? Notez que ça a du bon d’être malade. On souhaite d’ailleurs un prompt rétablissement à Ben Howard », lâche malicieusement le chanteur/guitariste Jinte Deprez en début de set.  De fait, Balthazar a profité des réajustements d’horaires pour toucher encore un plus large public et le conquérir haut la main avec ses mélodies envoûtantes. Les écrans géants à affichage LED montre de vraies  « gueules », dévoilent en version XXL  le charme envoûtant de la violoniste Patricia Vanneste, mais met aussi en exergue des mimiques qui nous font comprendre comment ils « vivent » leurs morceaux et  ont réussi à élever leur fausse nonchalance en art du cool. Balthazar n’a besoin que de ses chansons et du charisme de ses musiciens pour occuper la scène et captiver l’assistance. Et, comme toujours, c’est lorsqu’ils jouent et chantent de front à quatre, avec le batteur qui tient la boutique au comptoir arrière, qu’un moment déjà merveilleux se transforme en extase.  C’est tout là la magie du live, l’émotion suscitée par leur interprétation de « Blood Like Wine » n’est pas downloadable ou transposable sur un selfie. Mais elle restera encore pour longtemps profondément en nous. Concert du jour, of course.

> Ibeyi

Deux jolies filles métisses vêtues de noir. L’une porte une  coupe afro, l’autre des tresses.  Elles sont sœurs jumelles nées sous le signe du gémeau et ont sorti l’une des premiers albums les plus excitants de l’année. Lisa-Kaindé et Naomi Diaz forment Ibeyi. Elles avaient pour papa Miguel Diaza, le percussionniste du Buena Vista Social Club. Pas étonnant que ces dames noient leur musique de coups de caisse, de frottements de peaux,  de martellements de tambour et autres claquements de doigts. Nourrie de la culture yoruba, mais aussi de l’électro de leur génération, les deux frangines livrent le concert idéal en milieu d’après-midi avec une musique rythmée de world pop, de belles mélodies vocales, d’un zeste de trip-hop « made in Bristol » et de douces percussions. Si on ajoute leur sourire communicatif, leur poésie pour introduire leurs chansons, l’attachement profond à leurs racines caribéennes et des arrangements mixant modernité et tradition, on tient un des tous bons concerts de cette deuxième journée.  Encore une info: vous savez comment on dit « jumelles » en yoruba? Ibeyi… of  course.  Les filles nous reviennent à l’Esperanzah le vendredi 31 juillet et ça nous ravit.

> alt-J

Pour accueillir les nouveaux prince de l’ère geek, c’est la toute grosse foule en ce vendredi, « à l’heure où le soleil se couche ». C’est bien simple, il y  a autant de monde sous l’immense chapiteau The Barn qu’à l’extérieur devant les entrées. On suivra donc le concert de dehors, mais sous le charme de leurs mélodies électro/pop alambiquées. Le light-show est énorme, le son est majestueux et le groupe de Leeds a enfin quitté sa torpeur scénique des débuts pour se laisser aller. Les morceaux de leurs deux albums (« An awesome wave » et « This is all yours ») trouvent leur complémentarité en live, avec des chansons délicieusement cérébrales, d’autres plus dansantes et, toujours, ces petits gimmicks qui font la différence comme le sample de Miley Cyrus « I’m a female rebel » sur le track « Hunger The Pine » qui fait toujours son petit effet.  Vu l’accueil réservé par le public, alt-J aurait mérité de jouer sur la grande scène.  Après leur sold-out improbable à Forest National et cette prestation à Rock Werchter qui fait -enfin- l’unanimité, alt-J rentre dans la cour des grands et montre qu’il n’est pas seulement un buzz éphémère. Les garçons retrouvent la Belgique à la mi-août au Pukkelpop.

> FKA Twigs

Tenez, quand on parle de buzz, voilà qu’arrive sur des infrabasses insupportables FKA Twigs, qui a causé une grosse sensation au début de l’automne 2014 avec son premier et recommandable album « LP1 ». Son concert annulé à la dernière minute à l’Ancienne Belgique n’avait que monter la pression.  A l’issue de sa prestation à Werchter, on reste pourtant dubitatif.  Connue pour avoir été danseuse dans les clips de Jessie J ou de Kylie Minogue, la « brindille » est effectivement séduisante dans ses chorégraphies mystérieuses évoquant la Kate Bush des débuts et dans l’esthétisme qu’elle insuffle à ses morceaux joués comme une succession de petits actes d’un spectacle d’art et d’essai.  Mais musicalement, il ne se passe pas grand-chose. Deux bellâtres habillés d’un filet de pêche bidouillent sur des instruments, un autre envoie des percus électroniques comme on joue au vogelpik, mais toutes les nuances de sa R&B futuriste qui étaient décelables sur son album sont complètement noyées par un volume sonore poussé inutilement à l’extrême. Après quinze minutes, les premiers rangs s’aéraient déjà. Et à Werchter, c’est plutôt un mauvais signe. Quant à nous, on est sorti plus groggy que conquis.

> Of Monsters And Men

Contrairement à alt-J, la pléthorique formation islandaise avait les honneurs de la grande scène et reviendra  déjà à Forest National le 15 novembre pour présenter son nouvel album « Beneath the skin », qui vient tout juste de sortir. Est-ce justifié? Ici aussi, on se pose des questions.  Of Monsters Of Men a eu un tube énorme avec Little Talks qui constitue encore le moment le plus euphorique de leur prestation. Mais pour le reste, ça manque de conviction. Légèrement colorée de cuivres et de cordes, leur folk champêtre tout en arpèges et en mélodies vocales a des vertus apaisantes, mais s’avère très vite redondante. Les mots qu’on entendait le plus souvent à leur égard après leur concert était « gentil » et « sympa ».  Et c’est exactement ça. De la musique gentille et sympa… Ni plus, ni moins…

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