Ce que Roland Duchâtelet disait encore du Standard il y a quelques semaines…

Début juin, Moustique publiait une interview exclusive de l’ancien patron du Standard. Extraits, quelques jours après l’annonce de la vente du club.

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La polémique enfle actuellement à propos d’un conflit d’intérêt entre le Standard et Saint-Trond…

Roland Duchâtelet. – Non, il n’y a pas de polémique. Les infrastructures sont louées au club de Saint-Trond, c’est tout. De la même manière que la plupart des stades de foot sont loués par la ville au club. La différence ici, c’est que ça émarge du privé. Seul Anderlecht, qui se permet de donner des leçons aux autres, s’est mis dans la tête qu’il y avait un problème. Et ils en ont parlé à la Pro League pour me couillonner, c’est tout…

Il n’empêche: vous n’êtes officiellement plus le patron de Saint-Trond, mais vous l’avez été, votre compagne est propriétaire des infrastructures, c’est ici que vous nous recevez, que vous négociez avec les joueurs et les entraîneurs du Standard… Il est difficile de croire que vous n’exercez pas une influence ici…

R.D. – Vous avez le droit de ne pas me croire, mais non, je n’ai pas d’influence sur Saint-Trond. Je vous reçois ici parce que c’est plus pratique. Et ça prouve d’ailleurs que ça ne me gêne pas de m’y montrer. Je n’ai investi que dans une infrastructure. Une très belle infrastructure d’ailleurs. Mais le foot, c’est totalement autre chose.

Certains prétendent que votre investissement dans le foot cache en fait un projet immobilier: vous chercheriez à acquérir à bas prix des terrains à construire aux alentours…

R.D. – Ça, c’est un raisonnement complètement ridicule de gens qui n’ont AUCUNE notion économique… Non seulement je n’ai pas du tout besoin de ça pour gagner de l’argent. Mais ce n’est pas non plus la meilleure façon d’en gagner… Ce que j’ai construit à ici Saint-Trond, par exemple, c’est une source de perte!

Pourquoi y avoir investi alors?

R.D. – Je suis arrivé à Saint-Trond par hasard, en tant que sponsor, et puis j’y suis resté… Le club avait besoin de construire un nouveau stade. Donc je l’ai fait. Et bien fait. Au Standard, j’avais l’intention de faire la même chose, mais ça n’avance pas… On ne parvient pas à acheter certains terrains.

Mais votre but, c’est quoi? Faire plaisir à la commune? Aux habitants? C’est de la philanthropie?

R.D. – Construire un beau stade, c’est la satisfaction de réaliser un beau projet. C’est comme un artiste qui fait une œuvre artistique et qui jouit du fait d’avoir fait quelque chose de joli… Mais le foot n’a jamais été qu’une activité annexe. Beaucoup de journalistes et de personnes dans le milieu du foot ont du mal à comprendre ça. C’est un peu un accident.

Avouez que c’est bizarre, acheter un club “par accident“!

R.D. – Pour plein de gens du foot, le rêve ultime, c’est d’être président du Standard. Donc, qu’un mec débarque, qu’il en relativise l’importance et qu’il n’en jouisse pas tous les jours à plein pot… ça pose problème. Moi j’aime bien le foot, évidemment, ça m’intéresse beaucoup, mais ce n’est pas la fin de ma vie.

Pourquoi avoir décidé d’acheter le Standard?

R.D. – Parce que sinon, d’autres personnes l’auraient acheté… Ça me gênait qu’un club comme le Standard tombe dans des mains d’investisseurs étrangers (à l’époque, les Hollandais de Value8).

Curieux: c’était donc en quelque sorte une stratégie défensive…

R.D. – Oui, c’est juste. Dans ces cas-là, il faut rapidement prendre une décision, peser le pour et le contre. Pour le rachat du Standard, il avait beaucoup de pour… Certains contre aussi. On a fait la balance entre les deux, et puis je me suis dit: “Merde, c’est quand même un magnifique club qui va partir ailleurs, ça ne va pas, il faut qu’on fasse quelque chose!“

Pourquoi cela vous aurait-il contrarié?

R.D. – Parce que le Standard est le club potentiellement le plus puissant du pays.

Economiquement?

R.D. – Footballistiquement aussi. Au Standard, les fans viennent de partout en Belgique. Et dans des circonstances positives, une énergie énorme peut se dégager de ce club. 

Vous avez essuyé des attaques assez rudes, de la presse et des supporters… Vous en ressortez blessé?

R.D. – Je ne suis pas le type de personne qui réagit de cette façon-là. Ce n’est pas agréable, mais j’essaie plutôt de comprendre le contexte et la façon de fonctionner des uns et des autres. Et ici, le problème vient de la qualité de l’information et la malveillance de certains journalistes, parfois par allégeance. J’ai compris trop tard que cette reprise n’était pas le scénario souhaité par certaines personnes influentes dans le milieu.

Vous ne pouvez pas appliquer cette explication-là aux supporters.

R.D. – En effet. Le problème des supporters, c’est qu’ils s’informent auprès des journalistes et des réseaux sociaux… Ils sont donc très très mal informés. Dois-je être blessé parce que des personnes qui ne savent pas de quoi elles parlent sont fâchées sur moi?

Lors de la victoire de l’équipe féminine du Standard en BeNeLeague, on vous a vu avec un large sourire qui dénote de l’image qu’on vous prête habituellement…

R.D. – Le football féminin me plait parce que je trouve très important pour l’évolution des filles et des femmes dans notre société qu’elles puissent faire le sport qu’elles veulent et s’éclater au même titre que les garçons… Et puis, à nouveau, il s’agit d’une innovation: il y a peu encore, les filles n’étaient pas censées jouer au foot, au même titre que, jusqu’en 1948, les femmes ne pouvaient pas aller voter…

Eprouvez-vous encore du plaisir à être président du Standard?

R.D. – Ben euh… Ça dépend des moments. (Il sourit). J’admets que c’est une bonne question. Mais je ne vais pas répondre. Pour moi ce qui compte, en tant que dirigeant, c’est que le foot soit un lieu de rencontre et de convivialité: qu’il y ait des familles, des jeunes, des femmes, des amis… qui puissent se retrouver et s’amuser. Aujourd’hui, les gens ne vont plus à l’église, ils se réunissent moins souvent en famille… Le foot doit dépasser la focalisation des résultats: c’est au niveau social qu’il a un rôle important à jouer…

Vous en pensez quoi du surnom que vous ont affublé les supporters du Standard: “Duduche“?

R.D. – Ça ne me gêne pas. Si ça me fait rire? Non plus. Sans doute est-ce plus facile à dire que Duchâtelet… 

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