Quand la Hongrie fâche 3 fois l’Europe

Après s'être attiré les foudres de Bruxelles avec son projet de construction de 175 km de mur à la frontière serbe, la Hongrie vient de suspendre unilatéralement une règle européenne… Ambiance.

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« Le bateau est plein », a déclaré le porte-parole du gouvernement hongrois, mardi dernier. Il n’est pas question des frêles embarcations qui s’aventurent en Méditerranée, mais bien des 54.000 réfugiés (à 75 % syriens, afghans et irakiens) qui sont entrés sur le territoire hongrois depuis le début de l’année. Ce chiffre énorme fait de ce pays le deuxième de l’Union européenne (après la Suède) à recevoir le plus de migrants, proportionnellement à son nombre d’habitants. Le président conservateur Victor Orban (critiqué en Europe pour sa dérive autocratique), en baisse de popularité, a compris combien cette déferlante pouvait effrayer sa population qui ne compte pourtant que 1,4 % d’immigrés, un des taux les plus faibles d’Europe. Il a donc réagit avec force. En trois temps.

1. Un questionnaire controversé.

Début mai, le gouvernement a envoyé 8 millions de formulaires reprenant 12 questions sur l’attitude à tenir face à l’afflux migratoire. Sur les réseaux sociaux et dans la rue, des milliers de Hongrois se sont indignés de l’orientation xénophobe donnée à ces questions associant notamment immigration et terrorisme. Mais ce tollé et les critiques internationales n’ont pas refroidi l’équipe Orban, au contraire.

2. Un mur de 175 km de long.

Un mois plus tard, le gouvernement hongrois annonçait la construction d’une barrière physique de 4 m de haut tout le long de la frontière serbe (d’où arrivent 95 % des migrants), soit sur 175 km. Cela en ferait le plus long « mur » physique de l’Europe forteresse qui en compte déjà plusieurs (frontières bulgaro-turque, greco-turque, hispano-marocaine). Un projet condamné par l’Union européenne et qui inquiète le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l’Onu, car il ne réduira en rien la détermination des migrants à fuir leur pays, mais risque de rendre leur périple plus dangereux encore. 

3. Il dit « bassza » (m…) à l’Union européenne.

Mardi dernier, Victor Orban a annoncé qu’il suspendait unilatéralement un règlement européen-clé sur la question des migrants. L’accord de Dublin III prévoit en effet que les demandes d’asiles doivent être traitées par le premier pays via lequel le migrant est entré sur le territoire de l’Union. Un migrant arrêté dans un autre pays sera donc renvoyé vers ce pays d’entrée. La Hongrie refuse de prendre en charge seule ces dizaines de milliers de dossiers. Mercredi, sous la pression de la Commission européenne et de l’Autriche, le gouvernement Orban est finalement revenu sur ses déclarations… Mais le feu couve.  

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