Roland Duchâtelet: « Je suis un inventeur »

Businessman à succès mais président contesté au Standard, on le dit insondable. Il s’estime incompris. Affichant une farouche défiance envers la presse, Roland Duchâtelet se fait rare. Donc intrigant. Interview-portrait d’une énigme.

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Mais qui est Roland Duchâtelet? Il y a son C.V.: ingénieur, multi-entrepreneur, homme d’affaires, ancien politicien (fondateur du parti Vivant puis sénateur de l’Open VLD)… Mais, surtout, du moins dans la tête des gens, dirigeant d’une "galaxie" de clubs de football assez inédite en Europe. Parmi lesquels, bien sûr, le Standard de Liège. Et c’est bien avec cette OPA sur le monde du foot que la 15e fortune du pays a polarisé les critiques, certaines confinant aux procès d’intention. On dit "Duduche" – comme le surnomment ironiquement les supporters liégeois ("Ça ne me gêne pas. Ça ne me fait pas rire non plus…") – incompétent, têtu, radin, mercantile, cyclothymique, insensible voire limite autistique… "Certains articles ou propos sur ma personne ou mon caractère sont exprimés par des personnes qui ne m’ont jamais vu, ne m’ont jamais rencontré, n’ont jamais discuté avec moi…"

Il aura pourtant fallu plusieurs invitations pour que Roland Duchâtelet finisse par accepter de nous rencontrer. Il a pris le temps – deux bonnes heures – pour répondre à nos questions, mais cet obsédé du contrôle en a aussi esquivé plusieurs. Veut-il revendre le Standard? Prend-il du plaisir à diriger ce club? Et en est-il supporter? Il faudra le deviner. Il balaiera également la polémique qui enfle sur un éventuel conflit d’intérêts entre le club liégeois et Saint-Trond, l’ancien club qu’il présidait et dont les infrastructures appartiennent à sa compagne. D’ailleurs – "preuve que ça ne me gêne pas de m’y montrer" – c’est dans "son" restaurant flambant neuf du stade trudonnaire qu’il nous a donné rendez-nous à l’heure du lunch. C’est un peu réticent qu’il s’y met à table. Non sans avoir commandé, ça ne s’invente pas, des boulets liégeois…

Malgré votre exposition médiatique, on ne sait pas très bien comment vous définir. Que préférez-vous qu’on mette en avant?

Roland Duchâtelet – Je n’aime pas parler de moi parce que j’estime que je ne suis pas une personne importante. Sauf que quand on rentre en politique, là on n’a pas le choix, il faut être connu. Pareil quand on s’implique dans le foot, qu’on le veuille ou non… Alors qui suis-je? Un inventeur. Un ingénieur-inventeur. Voilà ce qui définit mon caractère: j’aime réfléchir à des problèmes, qu’ils soient techniques ou de société, et trouver des solutions typiquement originales. On constate que les solutions d’avenir sont souvent inédites…

Etre ingénieur était une vocation?

R.D. – C’est la conjonction de certains traits de caractère – une intelligence suffisante, un sens critique… – qui fait que certaines personnes – mais il n’y en a pas beaucoup – sont vraiment des innovateurs… Si j’étais un étudiant brillant? Je n’étais pas le premier mais réussir ce type d’études, ce n’est en soi déjà pas donné à tout le monde…

Vous avez participé aux contestations estudiantines de Mai 68. On a du mal à l’imaginer… Vous étiez plutôt meneur ou suiveur?

R.D. – Un peu des deux, je crois. L’ambiance qui se dégageait à l’époque a dû jouer… Mon père, qui était officier de gendarmerie et m’a donné une éducation relativement militaire, disait toujours que l’impact de la psychologie des masses est énorme.

Justement, le fils de gendarme, il a jeté des pavés?

R.D. – Non! (Il rit.)Je n’ai jamais trouvé très intelligent de se battre… J’estime que l’espèce humaine a tout intérêt à devenir moins belliqueuse qu’elle ne l’a été jusqu’à présent. 

On vous décrit comme un visionnaire. Vous en avez rapidement pris conscience?

R.D. – Pas tellement, non… A la fin de mes études, j’ai vite eu une famille: j’ai bossé dans une grosse boîte, comme tout le monde pour ramener de l’argent sur la table… La majorité de ma carrière, je l’ai vécue comme employé. Ce n’est qu’après une vingtaine d’années et un peu par hasard que je me suis mis à mon compte et que, de fil en aiguille, j’ai pu faire fortune…

Et ce, grâce à votre activité dans les circuits intégrés. Vous avez paraît-il inventé le GPS… trop tôt. Le comble du visionnaire. 

R.D. – J’ai déposé un brevet dans les années 70, …

La suite de la rencontre exclusive dans le Moustique du 10 juin 2015

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