A quoi ressemblait la Belgique en 1815?

Quel est l'état d'esprit de nos ancêtres à l'aube de la bataille? Réponse avec deux experts.

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Quel est l'état d'esprit des Belges à l'aube de Waterloo? Agricole mais déjà en partie industriel, notre pays est français depuis 1795 et le départ des troupes autrichiennes, englobé dans l’immense empire napoléonien. Et le peuple ne s’en plaint pas particulièrement. "Chez nous, Napoléon est plutôt perçu à l'époque comme un pacificateur, décrit José Olcina, historien à la Haute Ecole de Bruxelles. Entre 1800 et 1810, la croissance est même au rendez-vous, notamment grâce au protectionnisme commercial français. L’industrie textile fleurit à Gand par exemple."

Pourtant, dans l’opinion publique, l'adhésion à la Nation française ne prend pas. Car la Belgique existe. Certes, pas en tant qu’entité officielle, mais dans le langage courant. Du moins à l'état d'adjectif. "On parle d'ailleurs des départements belgiques" poursuit José Olcina. Mais cette période dorée ne dure pas. Parce que Napoléon semble incapable de maintenir cette paix fragile. Et que la guerre refrappe à la porte. L'enrôlement obligatoire dans les armées françaises prend de l’ampleur, et une crise vient ébranler l’économie. Voilà qui ne plaît plus guère au peuple belge, qui multiplie les contestations. Davantage en Flandre qu’en Wallonie, semble-t-il.

Exactions alliées

A l’arrivée des alliés en 1814, après la défaite française et la première chute de Napoléon, les Belges se réjouissent. C’est, pensent-ils, la fin de tous les maux. Et l’Eglise va à nouveau être respectée après l’insupportable anticléricalisme français. Mais les réjouissances sont de très courte durée: "L’occupation alliée, surtout des Russes et des Prussiens, sera synonyme d’exactions, de réquisitions, d’impôts ou de brutalité, explique José Olcina. Et la nouvelle concurrence des produits anglais plombe le marché, qui a déjà perdu comme débouché l'énorme territoire français". Il avait fallu 20 ans à Napoléon pour se faire détester des Belges. Pour les alliés, quelques semaines suffiront.

Mais quel avenir réserver à nos territoires? Rapidement, l’option hollandaise est privilégiée. Le Royaume uni des Pays-Bas Unis (ou Royaume des Belgiques) naît le 15 mars 1815. Les Belges, qui n’ont évidemment pas été consultés, deviennent donc Hollandais sans protester, sans même sembler savoir ce qu’ils auraient pu faire d’autre. L’indépendance? Ils n’y pensent pas: "On peut parler d’apathie belge, oui, défend José Olcina. Contrairement aux bourgeois hollandais qui avaient, eux, un véritable programme politique".

Le drame belge

Mais la création du Royaume à peine entérinée, en mars 1815, voilà Napoléon qui rapplique. Pour la paix et la tranquillité, c'est encore raté. Or, au même moment, des milliers de Belges, vétérans démobilisés ou licenciés de la Grande Armée napoléonienne, rentrent seulement chez eux. On sait qu'ils sont 216.000 à s'être battus aux côtés de Bonaparte entre 1798 et 1814. "Ce nombre inquiète les autorités alliées. Des ordres sont même donnés pour les surveiller et s’assurer qu’ils ne font pas trop de prosélytisme francophile", explique Cédric Istasse, spécialiste de l'histoire militaire belge de l'époque.

Mais pour composer la nouvelle armée de cet Etat naissant, ces anciens soldats pourraient se révéler précieux. Les Hollandais les incitent donc à s’enrôler. Et donc à changer de camp… Malgré quelques désertions, ces nouveaux soldats serviront donc fidèlement leur nouveau roi, entrant dans la nouvelle coalition censée arrêter Napoléon. A Waterloo, dans le camp d'en face, ils retrouveront donc de nombreux autres Belges, d'anciens frères d'armes. "Des conscrits restés dans l'Hexagone, et qui reprendront les armes aux côtés de l'Empereur." C’est le drame belge de Waterloo: "On dit que certains se sont reconnus lorsque les lignes se faisaient face". Impossible de déterminer le nombre de soldats de nos régions présents sur le champ de bataille ce jour-là. Certains estiment qu'ils auraient été un peu moins de 4.000 dans le camp hollandais. Et que 5 à 6.000 servaient dans les troupes de Napoléon. Mais sans aucune certitude.

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