Pourquoi Sepp Blatter devait démissionner

Les actuels soupçons de corruption sont tout sauf les premiers. Florilège...

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Réélu vendredi 29 mai pour un cinquième mandat, le président de la Fifa a annoncé sa démission ce mardi, à la surprise générale. L'homme qu'on croyait imperméable aux critiques visant l'organisation qu'il dirige depuis plus de 15 ans a donc fini par céder à la pression. Il faut dire que depuis les dernières avancées de l'enquête pour corruption menée par les autorités judiciaires américaines, sa position devenait intenable.

Ce Suisse alémanique de 79 ans était arrivé à la tête de la fédération internationale de football en 1998, après une carrière déjà particulièrement riche: dans le tourisme valaisan, le journalisme sportif, l'horlogerie et on en passe. Spécialiste en relations publiques, il participe à l'organisation des Jeux de Munich et de Montréal et débarque à la Fifa au milieu des années 70. C'est João Havelange, le président de l'époque, qui le repère, sur conseil du patron d'Adidas. On voit déjà les connexions du personnage, qui a compris que business et sport pouvaient faire bon ménage.

Elu président après avoir gravi tous les échelons de l'organisation, Blatter n'a en effet pas attendu l'actuelle enquête de corruption lors de l'attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 pour attirer les soupçons. En 1999 et 2006, deux livres rédigés par des journalistes anglais expliquent comment le Suisse, derrière son visage bonhomme et rassurant, est devenu un spécialiste de la petite enveloppe. Mais à l'époque, aucune preuve n'est jugée suffisante pour lancer des poursuites.

Faillite et faux tickets

La faillite en 2001 de la société ISL, gros groupe suisse de marketing sportif associé à la Fifa durant plus de 20 ans (et fondé par le patron d'Adidas…) jette encore un peu plus le trouble. Parce que la banqueroute a révélé tout un système de caisse noire, pots-de-vin et tutti quanti. L'affaire emporte João Havelange, l'ex-président et, à l'époque, encore président d’honneur de la Fifa, mais Blatter passe lui encore entre les gouttes, arguant que le système est un héritage du passé.

Un livre vient à nouveau le titiller en 2014, quand Ugly Game, à nouveau rédigé par des journalistes anglais l'accuse d'avoir d'avoir tout simplement arrangé l'attribution du Mondial 2022 au Qatar avec un certain Mohamed Bin Hammam, milliardaire de Doha et proche de la famille royale locale…

Une énième odeur de magouille le rattrape en 2014, quand on apprend qu'un vaste trafic de billets d'accès aux matchs de la Coupe du monde au Brésil implique une société suisse, filiale d'un groupe appartenant au neveu de Sepp Blatter. Lui-même n'a une nouvelle fois officiellement rien à voir avec cette histoire mais que voulez-vous, on ne prête qu'aux riches…

L'homme aux quatre mandats et trois jours pourrait avoir plus de mal d'échapper à l'actuelle affaire. Sa démission est de toute façon salutaire. On ne sait si elle est consécutive à l'une ou l'autre prise de conscience (ou volonté de mieux se défendre). Mais on sait Blatter capable d'éclairs de lucidité. N'avait-il pas reconnu publiquement l'an dernier que l'attribution de la Coupe du monde au Qatar était une erreur? 

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