L’horrible réalité des charniers

De nouveaux charniers au Mexique, au Congo, en Thaïlande, en Malaisie… Et autant de victimes – et de bourreaux - qu’il devient urgent d’identifier.

1370421

On les croyait relégués à des formes passées, dans les sombres oubliettes de la Shoah, de la répression franquiste ou de la guerre civile algérienne. C’était sans compter sur les violations des droits de l’homme qui se multiplient aux quatre coins du globe. Non, les charniers ne sont pas que de lointains et mauvais souvenirs. En témoignent ces dizaines de nouvelles tombes clandestines mises à jour au Mexique à la suite d’une vaste enquête visant à retrouver les corps de ces 43 étudiants disparus à Iguala, dans le sud du pays.

Si ceux-ci n’ont finalement pas été exhumés et que les autorités ne semblent pas pressées d’identifier ces cadavres «SN» (Sans Nom), de nombreuses sources attribuent ces victimes aux narcotrafiquants. Depuis le début de la guerre contre les cartels lancée par l'ancien président Felipe Caldéron, près de 200 fosses communes contenant environ 800 corps auraient d’ailleurs déjà été découvertes. Du moins, officiellement, car il se pourrait bien que ces charniers de la cocaïne ne soient que la partie visible de l’iceberg.

Pas de patronymes non plus sur les 400 cadavres de ce nouveau charnier déterré dans la périphérie de Kinshasa, en République démocratique du Congo. Selon certaines sources, il s’agirait de civils tombés en janvier dernier lors des violences provoquées par les débats sur la loi électorale. Accusées et sommées de s'expliquer, les autorités congolaises réfutent pourtant cette thèse et parlent plutôt de corps d’indigents abandonnés à la morgue centrale de Kinshasa. Un petit air de déjà vu dans la dictature…  

En revanche, les 139 fosses communes découvertes ce lundi dans la jungle malaisienne montrent que les charniers se réinventent en faisant de nouvelles victimes. Non loin de là, la police a en effet mis à jour 28 camps utilisés… par des passeurs de migrants. Des candidats à l’exil qui ne se feraient donc pas seulement piéger en mer mais aussi dans ces nouveaux camps de la mort. S’agit-il de victimes appartenant à la minorité musulmane des Rohingyas, persécutée en Birmanie, ou de Bangladais fuyant la pauvreté? Le souvenir des faux charniers de Timișoara et de l’emballement médiatique qualifié par le sociologue Pierre Bourdieu de "circulation circulaire de l’information” doit, ici encore, nous inciter à la prudence.

Sur le même sujet
Plus d'actualité