L’Afsca, coupable trop facile de la mort du Herve?

Un petit producteur de Herve au lait cru prend sa retraite, et c'est toute la Belgique qui s'émeut. En se trompant de cible?

1383033

La ferme Munnix, à Battice, en province de Liège, produisait du Herve depuis deux générations. Son propriétaire, José Munnix, 70 ans, a décidé cette semaine d'arrêter sa fabrication. En cause, selon le producteur, les coûts trop élevés que le cahier des charges de l'Afsca, l'agence fédérale de sécurité de la chaîne alimentaire, imposait à son exploitation. C'est que José produisait du Herve à partir de lait cru, recette toujours susceptible de développer des bactéries de listeria. On sait que l'ingestion de cette bactérie peut provoquer une maladie, la listériose, mortelle dans 20 à 30 % des cas, d'après une étude française de 2004. Or, l'Afsca avait détecté des traces de listeria dans certains fromages de la ferme Munnix, en avril dernier, l'obligeant à éliminer sa production.

Dans la région, l'affaire fait toujours grand bruit. Artisans, petits exploitants et amoureux du bien-manger dénoncent les mesures draconiennes imposées par l'Afsca. Certains prétendent même que plutôt que d'agir pour protéger le consommateur, celle-ci roulerait surtout pour l'industrie agro-alimentaire de masse, seule capable de supporter les coûts que les contrôles sanitaires drastiques engendrent en Belgique.

L'Afsca en fait-elle trop? Curieuse critique adressée à cette agence née dans la foulée du scandale de la dioxine de 1999, parce qu'on reprochait à l'Etat belge de justement en faire trop peu… protégeant de facto les grosses filières de production industrielle. De la même manière, et pour parler d'un autre fait d'actualité, ce sont évidemment les restaurateurs, plutôt que les clients, qui reprochent à la même Afsca de "trop en faire" quand elle annonce qu'elle va créer un site où chacun pourra consulter les rapports effectués après ses différentes inspections dans les restaurants, brasseries et autres snacks. 

Qui faut-il privilégier: l’économie ou la santé publique? Poser la question c’est déjà y répondre, qu’importe la taille de l’exploitation. A moins effectivement d’en assumer d'éventuelles conséquences. Oui, le local, le bio, le fait-main, sont davantage susceptibles de provoquer des pépins de santé immédiats qu’une nourriture industrielle, standardisée. Rappelez-vous, entre autres, l’affaire des graines germées de soja, en provenance d’une ferme “bio” allemande en 2011. Trente-sept morts recensés. De là à préférer la malbouffe, dont la nocivité à long terme semble encore plus avérée, sans parler de son impact sociétal et environnemental…

 

Reste le cas particulier de ce Herve au lait cru, où, d'après certains experts, une "tolérance" paraissait envisageable, permettant à José Munnix de poursuivre sa production sans qu'il n'intoxique forcément le consommateur. Là, ce ne sera pas le cas. Symbole de la lutte contre la standardisation des savoir-faire, il disparaît dans le bruit et une certaine aura médiatique. Mais, honnêtement, qui verra la différence? Seul fromage belge à bénéficier d'un Appellation d'origine protégée, le Herve est depuis longtemps pasteurisé dans l'immense majorité des cas, sans que le consommateur lambda n'y perçoive un quelconque désavantage. C'est ce combat-là, celui du goût, qu'il fallait d'abord remporter. Mais qui, à Herve, chez les grands producteurs, ceux-là même qui font la réputation du fromage à l'étranger, était prêt à le mener?

Sur le même sujet
Plus d'actualité