La difficile équation du JT

Entre évolution de ses contenus et maintien de ses audiences, le Journal Télévisé de la RTBF est en perpétuelle recherche.  Nous avons pris le pouls de la machine à informer et de ses deux figures de proue: Nathalie Maleux et François De Brigode.

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L’équation quotidienne du JT n’a jamais été simple. Aujourd’hui, à l’heure du 2.0 et de l’infobésité, elle est devenue carrément complexe. En effet, comment convaincre un maximum de gens de se figer pendant une demi-heure à horaires fixes devant leur écran pour s’abreuver d’infos? Alors que l’info est partout, à la radio, sur internet, dans la presse, sur les réseaux sociaux. Et tout le temps.

Les Journaux ont donc du adapter et faire évoluer leurs offres, leurs découpages et surtout leurs contenus. A l’image de RTL-Info qui a lancé sa nouvelle formule au printemps. A l’image du Journal Télévisé de la RTBF qui, au moindre frais et sans rien bouleverser,  a progressivement augmenté la part des sujets conso et lifestyle mais aussi à des reportages « magazines » plus longs dans . Pour fidéliser et même rassurer ses téléspectateurs. Un public des Journaux télé qui, tenez-vous bien, affiche une moyenne d’âge de 55 à 60 ans, tant à 13h, 19h, 19h30 ou 20h et toutes chaînes confondues!

Au cours de notre reportage au coeur du JT (à lire dans le Moustique de ce mercredi 24), il est clair que la grand-messe de l’info RTBF est en constante recherche au gré d’un processus de fabrication toujours rythmé par les mêmes étapes: réunions de rédaction, réalisations de reportages, écriture de lancements par le présentateur jusqu’au moment ultime du direct, à 13h00 puis à 19h30.  Une constante recherche d’équilibre entre actu chaude et sujets « maga », les styles de reportages, la hiérarchie et le traitement de l’info profondément influencé par le reste de l’environnement média, tant sur internet qu’en radio.

Au sommet de la pyramide demeure l’incontournable présentateur, assis ou debout, pour incarner le travail d’une équipe mais surtout capter un public de plus en plus difficile à gagner voir à garder. Pour Nathalie Maleux et François De Brigode,  un exercice ardu et périlleux dont ils s’acquittent avec brio. Et quelques ressentis tout personnels.

François De Brigode

Mon moment préféré. « Ironiquement, je dirais le démaquillage. Plus sérieusement, tout le processus de construction, de réunion en réunion, d’un mur d’infos dont les briques assemblées vont faire un bon JT. »

Tension. « L’adrénaline totale c’est quand on rebat toutes les cartes à la dernière minute, et pas seulement en cas de gros événements. Parfois un petit élément peut bouleverser l’ensemble. » 

Satisfaction. « Celui où l’on se dit qu’on a fait un bon journal. Qui avait de la gueule, du dash, une originalité… Mais on ne se le dit souvent que deux heures après, quand cela a décanté… Je me fais toujours un petit débrief seul avec moi-même. Sans avoir eu le débriefing qui a lieu chaque lendemain matin. »

Stress. « Je suis content d’être toujours stressé, d’avoir le trac mais j’ai aussi ce côté « quand faut y aller, faut y aller ». On fait le vide dans sa tête après une bonne respiration ou une vanne avec un collègue dans le couloir ou au maquillage. »

Oreillette. « De manière ponctuelle et uniquement pour me signaler des problèmes techniques. Celui qui me dictera ce que je dois dire ou faire n’est pas encore né. C’est purement de l’ordre de la logistique et les gens derrière l’oreillette, réalisateur, éditeur et scripte, savent que je veux du laconique. »

Nathalie Maleux. « The best! Excellente présentatrice, excellente intervieweuse et excellente collègue de travail que je côtoie avec bonheur chaque matin et avec qui je ris beaucoup. »

Nathalie Maleux

Mon moment préféré. « La troisième réunion matinale dans la foulée de la réunion de rédaction plénière. Je me retrouve en petit comité avec l’éditeur Jean-Paul Dubois, le réalisateur et la scripte. On construit là une conduite et l’articulation d’un journal rêvé avec tous les éléments dont on dispose à 9h30. Bien sûr, l’actu vient souvent pulvériser notre construction. J’aime cette réunion de travail intime. »

L’antenne. « Un autre moment formidable. L’aboutissement. Là où on valorise le travail de l’équipe et où je me défie moi-même face au stress. Le moment à la fois le plus tendu et le plus détendu. Entre le confort de ce qui est prévu et se réalise et la gestion improvisée des aléas. Et le 13 heures est fait pour moitié d’imprévus. »

Stress. « Je le gère grâce à mes années de vol, mon expérience qui fait que si je pars très vite en ébullition, je peux redevenir rapidement zen. »

Oreillette. « Je dirais « oreillette mon amour » et « prompteur ma corvée ». Le prompteur est mon faux ami. Parfois il s’arrête, va trop vite ou trop lentement. Il est rarement synchro. Mon filet, ce sont mes feuilles avec mes textes. Tandis que l’oreillette c’est à 90 % du temps l’éditeur Jean-Paul Dubois qui est au bout. Il voit tout ce qu’il m’est impossible de voir. Grâce à ses indications, je peux m’adapter et bien improviser pour contourner un imprévu. Une seule consigne perso: quand j’ai un invité, il ne faut pas me parler. Car je dois écouter ce qu’il dit pour rebondir. »

François De Brigode. « Encore et toujours le pilier du 19h30, cet exercice périlleux. Lors de notre grande réunion de rédaction matinale, malgré les années, François a toujours un enthousiasme intact. Chapeau! »

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