Great Mountain Fire: « Il y a des fautes sur notre disque. Et alors? »

Les Pokémon de la pop psychédélique belge lancent leur summer of love. Peace et respect...

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Barbe de hipster pour le claviériste, moustache à la Errol Flynn pour le bassiste, poncho tibétain pour le chanteur, trous dans le fute et chemises bariolées chez les autres…  Le look des cinq musiciens de Great Mountain Fire est aussi improbable que leur musique. Et c'est justement ce qui explique ce quasi culte voué à cette formation bruxelloise  atypique qui a réussi dès son premier album, "Canopy" (2011), à inscrire son nom en lettres fluos au firmament de la pop hédoniste.

Quatre ans plus tard, le public n'a pas oublié Great Mountain Fire. Ce mardi 12 mai où nous les rencontrons dans le jardin du Botanique, les cinq garçons dans le vent remplissent l'Orangerie à ras bord pour la release party de "Sundogs", leur nouvel album. Un temps fort des Nuits qui a marqué les esprits et éreinté nos rotules. Enregistré au Théâtre Américain, vestige de l'Expo 58 qui se meurt dans la quasi indifférence à l'ombre des boules de l'Atomium, "Sundogs" est une jam brûlante de groove où les guitares de Funkadelic croisent la rythmique sexy des Talking Heads période "Once in a lifetime" et l'insouciance vintage de Tame Impala. Mais tout en piochant dans le passé ou du côté de leurs cousins des antipodes, Great Mountain Fire évite intelligemment le pastiche, n'oublie pas d'affirmer sa Belgitude et son sens de la mélodie pour signer, au final, un disque de pop psychédélique moderne. Rencontre avec de  drôles de gaillards. Un peu à l'ouest, un peu zarbi mais profondément sympas…

Depuis "Canopy", nous éprouvons les pires difficultés à définir le style de Great Mountain Fire. Pourriez-vous nous aider?

Great Mountain Fire. – Lors d'une journée de promo en France, une journaliste a débuté son interview par la question: "Pourquoi avez-vous choisi de faire du rock alternatif?" Ça nous a presque vexés car si nous faisons de la musique, c'est pour nous échapper de la réalité et nous libérer des codes ou des étiquettes. Pour être tout à fait honnête, nous n'avons jamais été très forts pour mettre des mots sur notre musique. Le seul terme qui peut s'ériger en commun dénominateur de nos chansons est "groove". Même sur nos morceaux les plus calmes, il y a une pulsation qui donne envie de bouger.

Un groupe rock, ça répète dans un garage et ça enregistre dans un studio. Vu comme ça, Great Mountain Fire n'est donc pas un groupe rock?

G.M.F. – Nous suivons une démarche atypique, c'est vrai. Mais ce n'est pas pour se démarquer, c'est parce que ça nous convient bien. Après la tournée "Canopy", on s'est retrouvé sans local de répétition. Nous avons d'abord pris nos quartiers dans un stand de tir abandonné, mais on s'est dit que c'était trop dangereux et nous avons atterri au Théâtre Américain de Bruxelles. Un lieu fantastique qui, bizarrement, reste inoccupé. Nous nous y sommes tellement plu que nous avons décidé d'y enregistrer "Sundogs". Sans le faire exprès, on a lancé une mode. Aujourd'hui, on partage l'endroit avec d'autres groupes.

Vous squattez le bâtiment?

G.M.F. – Non, tout  est légal. Nous avons signé un bail et nous payons un loyer. On s'est réapproprié un coin du bâtiment en le décorant à notre manière et on peut y bosser jour et nuit sans crainte des voisins, puisqu'il n'y en a pas. C'est cool. C'est à côté de l'Atomium, mais tu as l'impression d'être au milieu de nulle part. Pas loin du Théâtre, il y a un arrêt de tram que personne ne connaît, pas même les conducteurs de la STIB. Et le soir, quand tu sors fumer une clope, tu peux parfois entendre les clameurs du stade. On est dans la ville mais hors de la ville.

En quoi "Sundogs" est-il imprégné de l'atmosphère du Théâtre américain?

G.M.F. – Après notre premier album "Canopy", on nous a proposé d'en enregistrer une version acoustique. Nous avions dix jours, un local en France et un tout petit budget pour réaliser ce projet. Ça nous a permis de revoir complètement notre conception de la musique qui était beaucoup plus réfléchie auparavant. On a pris goût à cette nouvelle manière de travailler qui privilégie la spontanéité. Au Théâtre américain, on a enregistré comme on répète. A cinq, en demi-cercle, sans le confort technique mais avec l'énergie et la magie de l'instant présent. Il y a plein de fautes sur ce disque, le son est loin d'être parfait mais c'est ce qu'on voulait.

Un directeur artistique d'une multinationale vous demanderait: "hé, les mecs, ils sont où les tubes radio sur votre disque?"

G.M.F. – D'abord, on n'est pas sur une multinationale et en plus on n'a pas la recette du tube. Sinon, ça se saurait…  La plupart de nos morceaux naissent d'une jam. Mais le but n'est pas non plus de faire n'importe quoi. Le format pop est quelque chose qui nous stimule. Pour "Sundogs", on n'a gardé que les morceaux qui ont une cohérence et qui ressemblent le plus à des chansons.

La suite dans le Moustique du 27 mai 2015

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