Festival de Cannes: Youth

Deux ans après La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino revient à Cannes avec un film choral porté par les mêmes questionnements sur la vanité du monde. Coup de jeune ou coup de vieux ?

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Comme dans La Grande Bellezza, Sorrentino ouvre en musique, à travers le regard désabusé de (l’excellent) Michael Caine, compositeur vieillissant en cure thermale dans un hôtel de luxe en plein alpage suisse pour soigner son « apathie » face au monde. Si l’on retrouve un anti-héros sorrentinien très semblable au Gep Gambardella de la Grande Bellezza (campé par un inoubliable Toni Servillo), les mêmes thématiques (la mondanité, la vacuité) et les réflexions cultes (« les émotions sont largement surestimées »), Sorrentino n’a rien perdu de son plaisir de filmer. Mêlant goût du sublime et mauvais goût dans un mélange virtuose très assumé. Parvenant à garder dans toute cette débauche (de chairs, jeunes et vieilles), humour et émotion.

Construit comme un quasi huis-clos dans cet hôtel thalasso de luxe, le film suit une ligne quasi théâtrale. La troupe de curistes (Paul Dano en acteur paumé, Harvey Keitel en metteur en scène qui n’a plus rien à dire, un ex-joueur de foot obèse, une sublime Miss Univers, un moine bouddhiste en perte de lévitation), se retrouve pour discuter dans des piscines d’eau de jouvence ou autour d’une scène de concert tournante où se produisent des chanteurs de variété kitsch. Et Sorrentino de nous faire plonger dans les rêves aquatiques des uns, les règlements de compte (familiaux et professionnels) des autres. Donnant l’occasion à Rachel Weisz (très bien en fille névrosée) et Jane Fonda (dans un rôle « couillu » de vieille actrice aux dents longues) de se livrer à des performances assez intenses. Qui nous rappellent, malgré l’effet un peu « redite » du final musical sorrentinien, que les émotions, c’est tout ce qu’on a. Prêts à léviter ?

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