Festival de Cannes: Sicario

Denis Villeneuve impressionne avec ce polar tendu sur fond de cartels de drogue mexicains, habité par Benicio Del Toro.

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Emue par un massacre en Arizona, Kate, un agent du FBI un peu déprimée (la britannique Emily Blunt) s’engage volontairement avec la CIA pour remonter la piste d’un cartel de drogue au Mexique. Rapidement, elle se pose des questions sur les deux hommes avec qui elle est chargée de faire équipe, Alejandro (Benicio Del Toro, magnétique) et Matt (Josh Brolin très bon). Va-t-elle servir d’appât, de couverture ? Face au crime, jusqu’où la morale policière peut-elle tenir ? Guidé par les inquiétudes de cette femme forte et fragile plongée dans un monde « de loups », le film (écrit par Taylor Sheridan) se regarde le souffle coupé, au cordeau. Et pour cause.

Quand Benicio balance, les paupières plus lourdes que jamais, « je suis un spécialiste des Cartels », sa première réplique s’entend comme un écho cinéphile assez jubilatoire au Traffic de Soderbergh, qui a révélé l’acteur 15 ans plus tôt à Cannes. La canadien Denis Villeneuve (Incendies, Prisoners, Enemy) se saisit habilement de la carrière de gangster de l’acteur d’origine porto-ricaine, du Che (Soderbergh encore) à Escobar (Paradise Lost). Habité, émouvant, secret, l’acteur est fascinant de présence dans le rôle énigmatique de celui qui a passé la frontière morale du « sicario » (tueur à gage au Mexique). Très inspiré, Villeneuve livre une mise en scène d’une grande maîtrise visuelle, brassant tous les éléments du film de gangster contemporain. Sicario a été tourné au Nouveau Mexique, à grand renfort d’hélico et d’armes en tous genres. L’effet de réalisme pour figurer les crimes dans la cité de Juarez sont puissants. On croise des mules, des cowboys et des policiers mexicains qui blanchissent de l’argent. Villeneuve nous infiltre jusque dans les tunnels clandestins de l’immigration souterraine vers les Etats-Unis, dans une scène finale impressionnante tournée en infrarouge. Mais surtout, Villeneuve n’oublie jamais la puissance des sentiments, orchestrant la venue d’un policier low profile, tissant des liens d’outre-tombe entre les personnages de Del Toro et d’Emily Blunt, jusqu’au dernier souffle.

Quand un film d’action croise le sublime, ça fait juste un très grand film – et on ose imaginer que Jake Gyllenhaal, membre du Jury et acteur de Prisoners, saura peser pour que le film de Denis Villeneuve soit distingué au Palmarès.

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