Festival de Cannes: Mountains may Depart

Grosse foule mercredi 20 mai en matinée pour la vision du dernier Jia Zhang-ke. Et pour cause, le cinéaste chinois bâtit de film en film une œuvre d'une grande cohérence, questionnant sans cesse l'histoire de son pays, une Chine tiraillée entre les traditions et les sirènes du monde moderne.

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Avec Montains may Depart, il tourne un tour d'écrou supplémentaire dans son angoisse de voir disparaître à jamais le legs des anciens, dans une correspondance remarquable avec le formidable Youth de Sorrentino, montré juste avant à la presse, où l'on voyait Michael Caine déplorer l'insoutenable légèreté des souvenirs.

Malheureusement, cette fois, Zhank-ke ne convainc pas. Ouvrant son film sur un très long préambule où l'on voit deux post-ados, Jinsheng et Liangzi, se disputer les faveurs de leur amie d'enfance Tao, avec la victoire du plus riche des deux qui emporte la belle, le cinéaste change tout d'un coup sa caméra d'épaule et laisse sur le côté le trio amoureux dont la tension bien palpable avait excité notre attente.

Et il en sera de même dans tout le film qui d'ellipse en ellipse, dessine sur une période d'un quart de siècle des esquisses d'histoires, toutes mortes-nées, qui vont provoquer une frustration grandissante chez le spectateur, certains personnages se voyant étonnamment sacrifiés pour passer à l'histoire suivante.

Ainsi, nous ne saurons rien de Ginsheng et de son obsession de la réussite qui le mène à penser que la liberté c'est pouvoir acheter des armes, Zhank-ke escamotant sa réaction à la fuite de son fils. On  comprend aisément ce que le réalisateur tente de nous montrer : un film choral sur des solitudes ballottées par la tyrannie du Monde Global et l'influence délétère de ce dernier sur la Chine. En effet, les racines mêmes du pays sont oubliées jusqu'à la langue, puisque c'est désormais l'anglais qui régit les rapports économiques et sociaux.

Mais contrairement à 24 City où la modernité chinoise grignotait du terrain sur le passé, le Mal vient de l'extérieur dans Montains may Depart. C'est d'ailleurs en Australie que Jinsheng ira chercher le salut avec son fils Dollar, loin d'une Chine imaginaire de 2025 qui ne parvient pas à suivre le train du monde.

Traversé de nombreux creux, manichéen et passablement naïf, le film montre aussi combien Zhank-ke peut être un formidable cinéaste. Difficile en effet d'oublier ce magnifique segment qui conte l'amour naissant entre le jeune Dollar et sa prof d'anglais quinquagénaire, offrant une relecture délicate et obsessionnelle de Harold et Maud.

De Jia Zhank-ke. Avec Zhao Tao, Zhang Yi, Liang Jingdong. 131 '

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