Faut-il interdire le Roundup en Belgique?

En France, Ségolène Royal veut interdire la vente de ce désherbant au glyphosate, classé "cancérogène probable". Et chez nous?

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La ministre française de l'Environnement, Ségolène Royal, voudrait interdire la vente en libre-service des pesticides et désherbants au glyphosate, dont le célèbre Roundup de Monsanto, dès 2016. Ils seront toujours disponibles pour le grand public mais à un comptoir spécifique où un professionnel donnera des conseils sur son utilisation et sur des solutions plus naturelles. Faut-il s'inspirer de cette initiative?

Du glyphosate dans notre assiette. Le glyphosate est l'herbicide chimique le plus vendu au monde et le plus utilisé en Europe. Par les agriculteurs mais aussi les gestionnaires de réseaux routiers ou ferrés et les jardiniers amateurs. Des plantes OGM ont été mises au point pour lui résister et donc permettre une pulvérisation directement sur les récoltes. Résultat: le glyphosate ne se retrouve plus seulement dans l'air, les eaux et les sols, mais aussi dans nos aliments.  

"Cancérogène probable" pour l'homme. Or, le glyphosate est l'un des trois pesticides récemment classés "cancérogènes probables" par l'OMS, avec le malathion et le diazinon. Selon l'agence du cancer de l'Organisation mondiale de la santé (IARC),  il existe des "preuves limitées" chez l'homme en ce qui concerne les lymphomes non hodgkiniens, des cancers du sang. Si les partisans d'une interdiction de ces produits y voient une victoire, Monsanto, sans surprise, relativise cette annonce.

Des traces dans l'urine d'un Belge sur deux. Une étude des Amis de la Terre Europe menée dans 18 pays en 2013 a démontré qu'on trouvait des traces de cette substance dans les urines de 44 % des Européens. Chez nous, la proportion atteint même 55 %! Bien que tous les Belges ne manipulent pas directement ce genre d'herbicides, nous y sommes largement exposés de façon indirecte. Et notamment par l'alimentation. Selon les Amis de la Terre, après l'épandage, le glyphosate se retrouve dans les feuilles, les graines et les fruits de la plante. Or, ni le lavage ni la cuisson ne permettent de décomposer ces résidus, qui peuvent rester stable dans la nourriture pendant plus d'un an, malgré la congélation, la déshydratation ou la transformation. On en trouve aussi dans le lait et les œufs (ainsi que le foie et les reins) d'animaux nourris avec du fourrage respectant pourtant les teneurs autorisées en glyphosate. Des doses maximales qui sont de 12 à 40 fois trop élevées, selon des études menées depuis 2002 et reprises par les Amis de la Terre Europe.

Le Roundup reste vendu en libre-service en Belgique. Dans le sillage d'une coalition d'associations environnementales, le ministre wallon de l'Environnement, Carlo Di Antonio, a envoyé le 29 mai dernier un courrier à la ministre de la Santé publique, Maggie De Block, ainsi qu'à Willy Borsus, ministre de l'Agriculture, pour exprimer son inquiétude quant à l'utilisation du glyphosate. Il a officiellement demandé aux ministres fédéraux de "suivre l'exemple des Pays-Bas et (d')interdire l'utilisation du glyphosate pour tous les particuliers et les services communaux". Il n'y a pas encore eu de réaction officielle du fédéral. Mais l'autorisation de mise sur le marché européen du glyphosate arrive à expiration fin 2015. L'occasion de faire jouer le principe de précaution?

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