De Bruges à Sluis à vélo

Avec les températures estivales qui arrivent enfin, les envies de balades et d'escapades sont plus fortes que jamais. Ville bénie pour le vélo sans trop d'effort, Bruges et ses alentours offre un paysage beau, plat et varié. En selle!

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Rien de tel qu’une promenade en petite reine pour profiter de la chaleur sans suffoquer. Et si on choisissait les polders pour remonter en selle? Bruges – Sluis: longeant les canaux, voici un itinéraire bucolique qui nous fera traverser des villages médiévaux et serpenter entre vertes prairies et alignements de peupliers.

Aux portes de Bruges, dès l’entame du canal filant vers Damme, deux options s’offrent aux cyclistes: en rive gauche, une étroite voirie locale asphaltée; en rive droite, une piste cyclable coincée entre route et canal. On choisit la première, nettement plus agréable. Pas de problème d’orientation ici: c’est tout droit jusqu’à Damme. Canards, hérons et cormorans apprécient les lieux. Tout comme les pêcheurs et les touristes. Préférant le bateau au vélo, certains ont pris place à bord du Lamme Goedzak, qui assure la navette entre Bruges et Damme.

Lamme et Tijl

Lamme Goedzak, ce nom ne vous dit rien? Mais si, rappelez-vous: c’est l’ami de Tijl Uilenspiegel. Dans son célèbre roman Les aventures d'Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays des Flandre et ailleurs (1867), Charles De Coster fait naître Till l’Espiègle à Damme, sous l’occupation espagnole. Et Damme, nous y voilà! Mais avant de traverser le pont et d’entrer dans la bourgade, on pousse la porte du majestueux moulin à vent planté sur sa butte (entrée gratuite, ouverture le week-end à partir du 1er avril). Laissons ensuite notre vélo sur la Grand-Place: il est préférable de visiter l’ancien avant-port de Bruges à pied.

Sur la place, on regarde le très bel hôtel de ville gothique doté qu’un carillon qui tinte joyeusement. Et une curiosité sur l’angle droit de la façade principale: deux pierres de justice que l’on pendait au cou des femmes qualifiées de vulgaires. Damme, ce sont de belles maisons patriciennes, une unicité architecturale remarquable, un musée dédié à ce farceur de Tijl et un village du livre (l’équivalent flamand de notre Redu en quelque sorte). Le tout imprégné d’un esprit médiéval et baignant dans une ambiance très gentleman-farmer. Mais prenons un peu de hauteur! Du haut de la tour de l’église Notre-Dame (43 mètres), le visiteur bénéficie d’un panorama à 360 degrés sur les polders, les anciennes fortifications  et, au loin, les tours de Bruges et le port de Zeebruges.

Le phare du Zwin?

Allez, on redescend sur le plancher des vaches, on remonte à vélo et on poursuit notre route sur la rive gauche. Jusqu’à butter sur une intersection… de canaux. À gauche, ils filent, rectilignes, vers Heist et la côte; à droite vers l’Escaut et Gand. Nous, on continue toujours tout droit, via un double pont. Jouxtant ce carrefour de voies fluviales, un établissement très couru, le Siphon, où les gourmands se délectent de côtes à l’os et d’anguilles au vert.

Juste après le restaurant, on rejoint l’autre rive et on tourne presque immédiatement à gauche, dans un chemin non asphalté. Bordé de saules, il longe le château d’Oostkerke (ne se visite pas), ses belles douves et ses ravissants jardins. Gagnons ensuite le centre de cette adorable bourgade. Elle s’organise autour de son église flanquée du cimetière et, ici aussi, d’une tour massive. Certains rapportent qu’au Moyen Âge, cette tour servait de phare aux bateliers du Zwin. Quel tableau reposant, quelle poésie! On se redirige ensuite vers le canal via la route asphaltée qui démarre derrière l’église, puis on oblique à gauche dans la Krinkeldijk. Cette étroite voirie bucolique, qui serpente à travers les prairies, nous emmène jusqu’à Hoeke. Rien de monumental à voir ici mais les terrasses de café qui bordent l’eau invitent à une pause rafraîchissante.

Brel en tête

Réhydratés? On remonte sur le vélo, toujours en direction du nord-est. Plus beaucoup de monde par ici. Nous reviennent à l’esprit les paroles de Brel, celles du Plat Pays: "Avec des cathédrales pour uniques montagnes (…). Avec le vent d’ouest écoutez-le vouloir (…). Avec un ciel si bas qu’un canal s’est perdu (…)". Trois kilomètres plus loin, on franchit la frontière hollandaise… sans s’en apercevoir. Juste avant le pont routier, virons à gauche et prenons la direction de Sint-Anna-ter-Muiden. Changement architectural radical. Pas de doute, on est bien aux Pays-Bas. Ce village ensommeillé est entièrement classé. Charmantes petites maisons, dont certaines au toit de chaume, ensemble remarquable bordant la place principale, impressionnante pompe de style Louis XIV, sans oublier l’incontournable église flanquée d’une haute tour fortifiée.

D’ici, une dizaine de minutes suffisent pour rejoindre Sluis, bourgade nettement plus importante et bien connue des touristes… belges. Ils s’y rendent en masse pour faire du shopping. Spécialités du coin? Les produits de soin, les objets de décoration, le textile et… les sex-shops. Mais il serait dommage de résumer Sluis à la seule image de centre commercial. C’est aussi un canal où l’on peut pratiquer le pédalo, une belle place que domine la tour du Belfort adossée à l’hôtel de ville, le charmant moulin "De Brak", d’impressionnants remparts dont on peut faire le tour à vélo.

Et après? Il faut bien attaquer la route du retour, via le même canal. Mais en empruntant cette fois la piste cyclable qui borde l’autre rive, histoire de varier les plaisirs et les perspectives. Quinze kilomètres nous séparent des portes de Bruges que nous atteindrons les joues rougies du bon air, les yeux pleins d’images bucoliques et l’esprit délicieusement léger.

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