« Controverse » passe à la trappe… Chouette!

RTL-TVI supprime son débat politique du dimanche midi. Un coup de pied salutaire pour faire bouger les lignes et pointer la responsabilité des politiques. Une bonne nouvelle pour au moins cinq raisons.

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Après quelques mois de réflexion, RTL-TVI a donc décidé de trancher dans le vif.

Le débat dominical Controverse vivra sa dernière édition ce dimanche 27 juin après 25 ans d’existence. Ce qui n’est pas rien. En terme de longévité mais aussi d’apport au débat de société belge. Avec Contrepoint puis surtout avec Controverse, la télé privée avait habilement et sérieusement capitalisé sur un créneau d’info qui fut longtemps le bastion de la RTBF. L’arrivée à sa barre d’un Pascal Vrebos en 1992, allait même dynamiter le ton, la dramaturgie et la portée du débat de RTL-TVI qui deviendra autant citoyen que politique. L’affaire Dutroux boostera notamment ses audiences. Mais voilà, après un  quart de siècle il fallait vraiment changer. Pour au moins cinq bonnes raisons.

Pour changer de format.

Avez-vous déjà récemment tenté de vous taper un Controverse ou un Mise au point sans avoir l’envie irrésistible de vous enfuir? Avouez, ce format « à l’ancienne » avec un(e) animateur(trice) – Dominique Demoulin sur RTL, Baudouin Remy sur la Une – qui passe la parole à une demi-douzaine d’intervenants majoritairement politiques c’est rasoir, dépassé et stérile. Quasi inaudible. Et figé comme du sucre glacé. A cause des discours « clé en main » déjà martelés tout au long de la semaine qui précède. A cause de la longueur. A cause du nombre de participants. A cause de codes d’un autre temps dans la prise de parole et l’absence d’une réelle contradiction journalistique. RTL-TVI a donc décidé de revoir tout de fond en comble sans abandonner l’idée de faire un talk d’info le dimanche midi.

Pour mettre les politiques devant leurs responsabilités.

« Des fossoyeurs! ».  Stéphane Rosenblatt, directeur de la télévision, ne mâche pas ses mots quand il pointe la part de responsabilité du personnel politique dans l’agonie des débats classiques.  Des partis qui délèguent de plus en plus en plateaux des seconds couteaux plutôt que des ténors. Des partis qui soignent avant tout leurs intérêts de communication, le confort de leur agenda, la composition des plateaux (jusqu’à imposer des présences en cartel). Des partis qui se sont de plus en plus dotés de journalistes comme attachés de presse pour déjouer les chausse-trappes et tirer les ficelles de la télé. Tout cela au détriment de leur premier devoir: rendre des comptes, expliquer leur politique sans langue de bois, répondre aux critiques face au public télé. 

Pour ramener le téléspectateur.  

En quatre saisons, les débats politiques ont solidement morflé en matière d’audiences: une baisse de -24% pour Controverse; -32% pour Mise au Point. Le tout pour des audiences moyennes faiblardes stabilisée aujourd’hui autour des 138.000 pour RTL-TVI et 125.000 pour la RTBF. Le tassement, réel, traduit clairement le désintérêt croissant des téléspectateurs pour cette offre de débats. Alors que pourtant, le public est demandeur de vrais débats citoyens et d’idées, concrets et contradictoires.

Pour trouver une nouvelle modernité.

Les débats belges francophones actuels sont ringards et n’ont aucun pouvoir d’attraction sur les jeunes. Contrairement à certains formats de débats américains ou français qui ont su ces dernières années faire renaître le genre. Comme les primetime Des paroles et des actes sur France 2. Une structure plus claire, lisible et un contenu qui a pourtant du fond.  L’émission de débat doit redevenir un vrai lieu de débat démocratique contradictoire. Plus qu’un robinet à com’ politique. Au labo RTL à incuber d’ici à la rentrée un format mariant l’adn de l’agora citoyenne originelle et le potentiel interactif des nouvelles technologies. Au service de la cité et de l’information de ses citoyens.

Pour réveiller les journalistes.

Certes en son temps,  le style Vrebos a fait bouger le débat, mais on ne peut pas dire que l’animation des rendez-vous politiques  dominicaux de nos chaînes francophones ait souvent brillé d’audace ou de punch. Le journaliste meneur de débats est  à la fois hôte des invités et passeur de paroles plus qu’un questionneur dérangeant. D’où les joutes ronronnantes qui anesthésient la Belgique depuis longtemps. Alors qu’un présentateur fort, remuant, vraiment incisif pourrait être un vrai atout pour regagner du public.

Quid en septembre?

Les attentes sont donc énormes mais, à ce stade, les deux chaînes disent poursuivre une réflexion approfondie sur leur offre de débats politiques. Côté RTBF, on annonce pourtant le maintien de Revu et Corrigé suivi de Mise au Point le dimanche midi mais dans une « version enrichie »… Côté RTL-TVI, la suppression de On refait le monde suivi de Controverse ne fait aucun doute. Et les équipes réfléchissent à un autre format de débat. Qui parfois pourrait même se faire sans politiques… « En tout cas, assure Stéphane Rosenblatt, le débat traditionnel avec tous les partis autour de la table pour débattre chaque semaine, c’est bel et bien terminé ».

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