Comment mentir en politique?

L'affaire Marghem rappelle que le mensonge est un art qu'un politique se doit de maîtriser pour survivre.

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La ministre de l'Energie Marie-Christine Marghem aurait menti "par omission" en cachant un avis négatif du conseil d'Etat sur le prolongement des centrales nucléaires Doel 1 et 2, prétend l'opposition au Fédéral. Dans l'histoire, ce n'est pas la première fois qu'un élu est soupçonné de la jouer petit ou gros mensonge. Et que l'opinion s'en émeut.

L'écrivain écossais John Arbuthnot écrivait déjà au XVIIIe siècle un pamphlet intitulé L'Art du mensonge en politique. Preuve que la dissimulation fait depuis des lustres partie des jeux de pouvoir, que l'auteur jugeait d'ailleurs lui-même licite du moment qu'elle était produite "à quelque bonne fin". Arbuthnot donnait même trois conseils fondamentaux pour mentir efficacement en politique. 1. Soustraire les mensonges à toute vérification possible. 2. Ne pas outrepasser les bornes du vraisemblable. 3. Faire varier les illusions à l'infini.

Auteur du Petit guide du mensonge en politique sorti l'an dernier, le politologue Français Thomas Guénolé décryptait lui dans le Figaro  les trois techniques fondamentales des élus quand ils s'agit de cacher tout ou partie de la vérité.

Le mensonge "droit dans les yeux". Effronté, évident. Genre "non, je ne possède pas de compte en Suisse" balancé par l'ex ministre français du Budget Jérôme Cahuzac en 2012, ou le président américain Bill Clinton dans l'affaire Monica Lewinsky. Très efficace s'il est pleinement assumé. Mais évidemment extrêmement risqué s'il est découvert. Parce qu'aucune échappatoire possible…

Vient ensuite le mensonge par manipulation, que Thomas Guénolé baptise "Méthode Monoprix", ou l'art de faire du neuf avec du vieux, "donner l'illusion de la nouveauté en changeant juste l'emballage". Dans cet exercice,  l'auteur cite la capacité des partis à se réinventer, sans rien changer à leur programme. Les exemples abondent, bien sûr.

Autre technique: celle du boucs émissaires. Classique, il s'agit juste de détourner l'attention en jouant sur les préjugés de son auditoire. Renvoyer la patate chaude en accusant quelqu'un d'autre, une entité volatile abstraite: le riche, l'Arabe, le fonctionnaire, le banquier… Aujourd'hui, d'après Guénolé , ces boucs émissaires seraient d'ailleurs aussi des chèvres émissaires: l'Europe, la mondialisation, la Chine… A ce petit jeu, gauche et droite, alternativement, y vont évidemment toujours gaiement.

Enfin, la méthode la plus retorse, la valse à quatre temps, qui fonctionne en plusieurs étapes: provocation, requalification, victimisation et triomphe. On lâche d'abord quelque chose d'inacceptable en public pour susciter le scandale, le tollé. On fait semblant de se reprendre en disant qu'on a été mal compris, on reformule sa parole, on adoucit la forme mais sans rien changer au fond – celui qu'on veut tout de même faire passer. Enfin, on invoque "la pensée unique " et le "politiquement correct" qui brutalise celui qui a le malheur de tenter de tenter de lancer un nouveau débat, quel qu'il soit…

Quelle technique a utilisée Marie-Christine Marghem? A vous de juger, en vous rappelant tout de même, comme le conclut Guénolé, que les politiciens sont des hommes (et des femmes) comme les autres. Que tous ne mentent pas forcément. Mais souvent davantage quand la charge et les responsabilités s'alourdissent. Et qu'en tout cas, ils ne mentent pas plus souvent que les publicitaires ou les représentants de commerce… On est rassuré.

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