Albert II comme vous ne l’avez jamais vu

Amours, rivalités et croc-en-jambes... La série Albert II débarque sur les écrans francophones avec une réputation sulfureuse. Même RTL-TVI, qui l'a pourtant achetée en Flandre, la diffusera avec des pincettes. Décryptage avec des historiens, biographes et scénaristes.

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C’est ce qu’on appelle un événement. Du moins, il en a tous les ingrédients. Pour la première fois, une série télé, qui plus est flamande, fait le pari de découvrir la couronne et de s’attaquer à un monarque vivant. À cheval entre la fiction et la réalité, Albert II, le roman d'une vie brosse donc en cinq épisodes le portrait du sixième roi des Belges, de la mort de son frère Baudouin jusqu'à la fin de son règne. Gonflé. Lors de sa diffusion au nord du pays par la chaîne publique Eén (VRT), cette première historique avait suscité un véritable engouement. Le pilote du feuilleton attirant plus d'un million de téléspectateurs. Il faut dire que la série avait été programmée au bon moment: nous sommes alors en septembre 2013, Albert II vient d’abdiquer deux mois auparavant et les soubresauts de l’affaire Delphine font encore trembler le Palais. La plainte de la chanteuse flamande Wendy van Wanten, ex du Prince Laurent et traitée de "pute" dans la série par le personnage de Paola rajoutent encore un peu d’huile sur le feu.    

Et alors? Cette série est-elle à ce point sulfureuse? Quelles sont les libertés prises par les scénaristes? Et qu’apprend-on réellement sur Albert, Baudouin, Paola, Philippe ou Laurent? "La première force du programme est d’avoir osé aborder ce thème, avance Patrick Weber, spécialiste des têtes couronnées et animateur de ces deux soirées séries sur RTL. Du jamais vu! Je trouve aussi que ce feuilleton a su rester fidèle au personnage. J'ai d’ailleurs eu l'occasion de suivre Albert et de parler avec lui à de nombreuses reprises. A mon sens, les scénaristes ont assez bien capté son humour; ses périodes de doutes sont très bien amenées, de même que les rapports qu'il entretient avec Paola depuis qu'ils ont retrouvé une complicité. Cela n’en reste pas moins une fiction dont de nombreux dialogues ont été inventés."

Laurent et ses "copines"…

C’est bien là qui le bât blesse. Au point de susciter les foudres du public et des chroniqueurs mondains lors de sa diffusion sur Eén. "Ce feuilleton n’est pas très crédible, assène d’emblée Thierry Debels, auteur de plusieurs ouvrages controversés sur la famille royale. D’abord parce que cette série a été diffusée en version originale flamande alors que la famille royale parle évidemment français en privé. Et puis, pas question ici d’aborder les vraies questions sensibles comme la relation entre Fabiola et Franco, par exemple. Cela reste un produit destiné au grand public et on a donc l’impression de regarder un feuilleton au lieu de voir les vrais Saxe-Cobourg car les personnages manquent cruellement de réalisme. Vous aurez peut-être moins ce problème en Wallonie car vous ne connaissez pas ces acteurs et vous ne les avez jamais vus jouer dans d’autres productions. Mais moi, quand je regarde Fabiola, je ne vois que l'actrice de la série Thuis.".

Occupé à écrire le deuxième tome de "Secrets de la Couronne", la suite de son livre polémique qui avançait la thèse d’un Roi Philippe atteint du syndrome d'Asperger (une forme d'autisme), Thierry Debels dénonce aussi le profil ultra stéréotypé de certains personnages. "Surtout Mathilde et Laurent, de vulgaires caricatures!"

C'est vrai, la Reine et son beau-frère en prennent pour leur grade. La première passant pour une attardée mentale, le second pour un gros vicelard. Il est vrai aussi qu’on est loin du House of Cards belge annoncé par certains. La réalisation accuse le coup, le rythme est lent et nombre de protagonistes se révèlent aussi lisses que Martine et Oui-Oui réunis. Sans parler de la ressemblance, souvent inexistante, parfois grotesque, avec les personnages réels. 

La suite dans le Moustique du 27 mai 2015

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