Voyage au centre de la tête

Avec Vice Versa, Pixar s'intéresse à l'espèce humaine. Drôle et intelligent.

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Loin des coffres à jouets de Toy Story, des bestioles de Ratatouille ou des rase-mottes des coucous vivants de Planes, Pixar s’attarde carrément, cette fois, sur l’espèce humaine! Avec une immersion dans le Quartier Général, nom du centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, onze ans. Où cinq émotions particulières s’entrechoquent. A leur tête: Joie veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité, Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie. Quant à Tristesse, elle n’est pas encore très sûre de son rôle.

Tout ce petit monde cogite un maximum lorsque la famille déménage vers une très grande ville. En forme de monde inconnu qui stresse l’enfant au-delà du prévisible. Le réalisateur du film, Pete Docter (Monstres et Cie, Là-haut…), n’est pas le plus manchot des artisans de la fabrique à rêves! De plus, il reste fidèle à l’esprit créatif, rêveur et cérébral de son art. Et même si, ici, le tout relève de la plus pure abstraction, ce magnifique dessin animé arrive à multiplier l’empathie du spectateur pour des concepts. Par nature complexes à dessiner. « L’apparence des émotions devait rappeler au public qu’elles sont la personnification de sentiments », explique Docter qui est bien conscient que Vice Versa représente « le projet le plus complexe, et de loin » de sa carrière. « Il fallait capter leur essence, leur forme, leur couleur, ainsi que leur personnalité. Bref, nous ne voulions pas voir de vaisseaux sanguins. Mais quelque chose de plus poétique. »

 

Car, question prise de tête, il n’y avait pas que les émotions à reproduire. Au cœur du Quartier Général se trouvent également des étagères contenant les souvenirs les plus récents de Riley. Chacun d’entre eux arborant une couleur associée à celle de l’émotion liée au souvenir en question. Docter continue: « A l’origine, j’avais imaginé des gouttelettes de rosée pour les émotions. Nous y avons ensuite inséré des images pour représenter les bons et les mauvais souvenirs. De façon à montrer tout cela à l’écran avec le plus de précision, de poésie et de beauté possible. Technologiquement et symboliquement, ce Vice Versa restera dans les annales ».

Mais comme le martèle depuis des années le big boss de Disney/Pixar, John Lasseter: « L’important est avant tout de raconter une bonne histoire. Et le beau ne peut jamais devenir l’ennemi de l’efficacité ». Message parfaitement reçu ici! Car cette aventure intérieure, riche d’enseignements, de péripéties et d’humour, ne ressemble en rien aux autres dessins animés qui déboulent périodiquement dans les salles. Et s’il s’adresse aux enfants sans les prendre pour des buses, ce véritable blockbuster de l’animation va aussi mettre la tête en bas aux adultes. Du très grand art.

> VICE VERSA, réalisé par Pete Docter. Avec les voix en version française de Charlotte Le Bon, Mélanie Laurent, Pierre Niney – 94’.

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