Un doigt dans l’Engrenages

Acteur inconnu du grand public il y a encore dix ans, Philippe Duclos impressionne tout son petit monde en juge Roban dans la série Engrenages.

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Quasiment né sur les planches, présent dans quantité de (télé)films, Philippe Duclos a longtemps fait partie de ces acteurs dont on connaît la tête mais pas le nom. Jusqu’à ce qu’arrive Engrenages, une série française dont le succès dépasse largement les frontières de l’Hexagone.

Quels sont les points communs entre le juge Roban et vous?

Philippe Duclos – Ça, c’est la partie qui échappe le plus à un acteur. C’est même là-dessus que se construit la majeure partie du jeu. Il y a une espèce de solitude chez ce personnage qui est extrêmement forte, un engagement, il est très passionné par son métier. Mais ce n’est pas suffisant non plus pour dire que l’acteur ressemble au personnage qu’il joue. La première juge d’instruction que j’ai rencontrée pour préparer le rôle m’a dit qu’il y avait autant de sortes de juges d’instruction qu’il y a d’humains sur Terre. Je me suis alors dit que je devais jouer le juge que j’aurais été dans une autre vie.

Vous vous voyez jouer encore longtemps le juge Roban ?

P.D. – Le principe de la série est tel que ça reste ouvert. Pour le moment, Canal n’a pas envie d’arrêter, nous non plus. Il y a tout de même la limite de la décence, avec l’âge que j’ai (Rires). Mais c’est clair, je ne vais pas continuer dix ans.

Avez-vous beaucoup appris du fonctionnement de la justice en tournant Engrenages?

P.D. – Ça a modifié mon regard en tant que citoyen car, hormis ce que les médias en répercutent, je n’y connaissais absolument rien. Je n’avais pas la moindre idée de ce que constituait le quotidien d’un juge d’instruction. C’est un métier absolument extraordinaire, que j’aurais pu faire et qui, si on y regarde de plus près, a plein de points communs avec celui d’acteur.

Quand vous tournez, savez-vous à l’avance ce qui va se passer ou vous laisse-t-on des surprises, comme c’est le cas avec certaines séries américaines?

P.D. – On a une arche narrative qui permet de savoir où on va. Mais le principe est bon car on peut toujours mourir du jour au lendemain. Une des difficultés du travail d’acteur est de ne pas anticiper. Cette connaissance qu’on a de ce qui va arriver à l’avance est quelque part un poison pour un acteur. Ça peut être nécessaire pour construire le jeu, pour calculer malgré tout des effets. Idéalement, il  faudrait jouer en ne sachant pas ce qu’il va se passer dans la scène d’après. C’est un exercice que je n’ai jamais expérimenté et qui a sans doute des vertus.

Quelle sorte de notoriété vous a apporté la série?

P.D. – On m’arrête dans la rue mais c’est extrêmement touchant car ça n’a rien de superficiel. On sent qu’il y a un attachement très profond au personnage qu’on joue et au travail qu’on fait.

Au théâtre, quels sont les auteurs qui vous ont le plus marqués ?

P.D. – Une des rencontres les plus marquantes a été Paul Claudel qui ne laissait personne indifférent. C’est un auteur qui fouillait les acteurs en profondeur, il avait une forte connaissance de l’âme humaine. Eugene O’Neill m’a aussi beaucoup impressionné. Et puis Shakespeare, qui influence fortement les séries: House of Cards, par exemple, est très inspiré de Richard III.

Etes-vous amateur de séries télé?

P.D. – Je ne passe pas mon temps à cela mais quand je m’y arrête, je suis totalement accro. House of Cards, c’est formidable! Mais celle qui m’a le plus marqué, c’est The Wire qui est très réaliste et politique. Toutes les séries de David Simon me fascinent. Et puis, avec les séries américaines, on ne va jamais courir le risque de voir un acteur pas bon. Et ça, c’est vraiment fascinant!

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