Zinedine Zidane: “J’étais plus heureux sur un terrain de foot”

Depuis ce 23 juin, l’icône internationale a 40 ans. Après six années d'un mélange flou de caritatif, de business et de foot, va-t-il enfin prendre des responsabilités?

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Sa première carrière, il l’a conclue sur un coup de boule en finale de la Coupe du monde 2006 face à l’Italie à l’issue d’un incroyable sabordage personnel. La seconde se balade au sommet d’un empilement d’activités éparses et variées qui peut rapidement induire un certain flou artistique. "Zinedine n’a pas fini de se construire" , selon Nathalie Iannetta, journaliste football à Canal +. "Mais je le trouve plus détendu qu’avant."

 

Zidane flâne. Le caritatif avec ELA, qui lutte contre les leucodystrophies (maladies rares qui aboutissent à une sclérose cérébrale), le business avec Adidas, Generali, Grand Optical, Danone et Orange. On parle de 9 millions d’euros de revenus annuels. "C’est pas ça." C’est plus, alors? Il se marre. C’est bénévolement, en tout cas, qu’il assume un rôle mal défini de directeur de l’équipe première du Real Madrid et de consultant de luxe auprès de son président. "Même quand vous vous appelez Zidane, il faut se battre." Et on ne le sent pas encore tout à fait prêt à remettre le bleu de chauffe pour affronter les luttes politiques intestines du plus grand club du monde. "Je sais. On se demande: “Mais Zidane, il est où? Qu’est-ce qu’il fait?” Je suis quelqu’un de libre. Je veux faire ce qui me plaît, ce qui m’intéresse. Je ne stresse pas. Je prends mon temps."

 

Zidane restera dans le foot, on prend les paris. Et même sélectionneur de l’équipe de France d’ici dix ans. En attendant, une place de choix dans l’organisation de l’Euro 2016 dont il a porté la candidature victorieuse? "2016, c’est demain, c’est vrai. Mais ça se prépare. Peut-être qu’au fond de moi, j’aimerais faire autre chose. Aujourd’hui, je ne suis ni président ni entraîneur. Ce qui me prend le plus de temps, c’est mon boulot au Real Madrid. Mais je ne veux pas qu’il n’y ait que ça. Je dois encore chercher ce que je vais faire dans un futur proche. Mais ça trotte dans ma tête."

 

Zidane a 40 ans.En fait, un chiffre pas si rond que ça quand on a passé près de la moitié de sa vie à pousser un ballon dans un monde étrange où le cerveau simplifie tout mais rend la vie plus compliquée, après. Zidane doit résoudre un problème de santé publique non résolu ni remboursé par la Sécu: peut-on renaître à 34 ans après avoir quitté la vraie vie à 15? On le sent tout empêtré avec cet autre qu’il traîne comme une peau morte, le meilleur joueur du nouveau siècle, qui le dépasse peut-être mais qui lui a aussi tout apporté.

 

Le berceau du mythe est connu. Des parents algériens. Une enfance heureuse et modeste à Marseille. Un exil footballistique entamé à Cannes, poursuivi à Bordeaux et à Turin, achevé à Madrid. Le saint sacrement mondial un 12 juillet 1998 à Saint-Denis. L’écrivain Dan Franck est autorisé à le "biographer" en 1999 (Le Roman d’une victoire, éd. Robert Laffont). Il est catégorique: "Il y aura un regret éternel chez lui: la joie de l’enfance. Après, il a vécu une vie de sacrifices intenses." Pour les besoins

du bouquin, Dan Franck se souvient d’un voyage

à Turin, où Zidane joue alors: "Il faisait un temps cafardeux. On était allés chercher les enfants à l’école. Et il m’avait dit qu’après le foot, sa vie serait finie. Ça m’avait frappé, car j’avais trouvé que c’était un grand stratège dans la manière de gérer sa vie."

Zidane opine du chef: "Si vous me posez la question: "Est-ce que vous êtes aussi heureux dans votre nouvelle vie que dans l’ancienne?", je vous répondrai non. J’étais certainement plus heureux sur un terrain de foot. C’était la vie dont je rêvais. Maintenant, j’entre dans une vie complètement différente. Et le bonheur est forcément différent."

 

Et Zidane est retourné à l’école à Limoges.Il fallait bien en passer par là pour préparer sa fameuse seconde vie. S’il obtient son master de manager sportif du Centre de droit et d’économie du sport (CDES), l’établissement le plus reconnu en France, il sera niveau bac + 4. Enfin… il sera surtout + 4 car il n’a pas son bac. Mais il détiendra les clés du savoir pour, s’il le souhaite, occuper un poste à responsabilité dans un club de foot.

 

"Il a cette boulimie d’apprendre, précise Jacques Bungert, président de Courrèges et ami proche. Il est dans une logique du temps à rattraper. Avant, il était ascétique et focalisé sur son métier de footballeur." Pour suivre cette formation de deux ans répartie en quatorze sessions thématiques, Zidane, comme ses quatorze condisciples, semble avoir été reçu sans piston. Jean-Pierre Karaquillo, le directeur du centre, a mené une enquête de personnalité de trois mois (cette chance…) "pour savoir si Zidane était loyal, intègre, solidaire… Il y a des sportifs célèbres que l’on n’a pas pris car ils ne correspondaient pas à notre état d’esprit".

 

On a enquêté aussi et déniché un des profs de Zidane qui a délivré un cours sur "Le dialogue social comme outil de régulation dans le sport professionnel". Il ne lui a mis que des bonnes notes: "J’ai été agréablement surpris. Pour un type de ce niveau, se retrouver plusieurs heures enfermé dans une salle… Il est très à l’écoute, réceptif, jamais divagant", révèle Stéphane Burchkalter.

 

Zidane fayote même avec le "dirlo": "Je me sens très proche de Jean-Pierre Karaquillo. On se voit en dehors des cours. Il a un parcours universitaire atypique (il n’a pas son bac non plus), une intelligence qui ne s’articule pas sur des schémas classiques. Vous savez, à mon époque, un joueur de foot devait jouer au foot. Point. Ça m’arrangeait parce que je n’avais qu’une idée en tête: jouer au foot et être le meilleur. L’éducation n’était pas une priorité. Alors, forcément, je suis passé à côté de certaines choses. Un mec de ma génération – même s’il a fait une très belle carrière – s’aperçoit qu’il a du mal à ce qu’on lui propose de faire autre chose, à ce qu’on lui donne des responsabilités. On lui dit: “Ouais, t’as été footballeur, et qu’est-ce que tu as fait d’autre?” Mais je n’ai pas de complexes. Plutôt des interrogations. Aujourd’hui, si je veux faire certaines choses, je sais qu’il faut que j’en passe par là. Je veux me donner les moyens de… Je veux être prêt."

 

En fait, depuis six ans, son actualité la plus brûlante, c’est sa famille. "Il y a ceux qui trouvent leur équilibre dans le boulot et ceux qui le trouvent dans la vie personnelle." Quand ses agendas de président et de Premier ministre réunis le lui permettent, Zidane essaie d’être à la maison, et toujours du vendredi au dimanche. Dans sa propriété du quartier chic de Madrid qu’il n’entend pas quitter pour revenir en France, il se lève très tôt le matin (6h30), il s’occupe de ses quatre garçons qui veulent, évidemment, tous faire comme papa. L’aîné, Enzo, a 17 ans. Il a intégré le centre de formation du Real Madrid, il joue numéro 10 et est suivi par moult journalistes sportifs à l’affût du nouveau filon. Le plus petit Zidane a 7 ans. Il est bon au foot? "Il est gaucher. Ça veut dire qu’il est différent."

 

Zidane aussi est différent. Il a perdu des kilos car son épouse est très à cheval sur la nutrition, il boit beaucoup d’eau (un litre durant l’entretien), il court, il joue au tennis et tout le temps au football avec ses fils et les pros du Real quand ils s’entraînent. "J’aime aussi beaucoup être seul. Ou alors, juste une petite discussion entre copains, ça me suffit quelquefois. J’ai une oreille, j’aime écouter. Il y a beaucoup de personnes qui savent tout, qui n’ont rien à apprendre de la vie. Moi, non. Tous les jours, j’apprends." Il ne pense jamais à la mort, il aime U2, Michael Jackson et… Aldo Maccione.

 

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