Zero Dark Thirty

Des voix désespérées sur un écran noir. Celles des victimes américaines des attentats du 11 septembre 2001.

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Ouverture étouffante pour un film très dark consacré à la plus grande chasse à l’homme jamais organisée par l’Amérique. Celle du leader d’Al-Qaïda, dont s’empare la réalisatrice Kathryn Bigelow, trois ans après Démineurs (sur la guerre en Irak).

Une décennie de traque nous est présentée à travers les yeux de Maya, une agent de la CIA incarnée avec charme et autorité par l’exceptionnelle Jessica Chastain (en bonne place pour l’Oscar). Bigelow ose ensuite une scène de torture d’une violence inouïe, à laquelle se livrent les agents américains sur un prisonnier membre d’Al-Qaïda (hallucinant Reda Kateb).

Scène dénonciatrice assumée, aussitôt contrebalancée par le discours de campagne d’Obama – qui s’invite au casting du film, autour de l’excellent James Gandolfini (Churchillien en directeur de la CIA).

Du Pakistan à l’Afghanistan, la traque se resserre autour de l’intuition de Maya, qui suit la piste du messager secret de Ben Laden jusqu’à son refuge d’Abbottabad. Puis vient l’assaut final – programmé le 1er mai 2011 à minuit trente (Zero Dark Thirty en langage militaire US) – soufflant d’angoisse.

Bigelow surprend par la sobriété de sa mise en scène. En effet, malgré les hélicos, on est moins dans Apocalypse Now que dans La Chute du faucon noir (Ridley Scott) sur la guerre en Somalie. Ici, pas de triomphalisme.

L’identification ultime du corps de Ben Laden repose sur l’image prise par l’appareil photo d’un des soldats du Raid, et sur le regard dévasté de l’actrice. Au final, Bigelow signe un sombre portrait de l’Amérique en guerre, pétrie de doutes sur l’issue du combat. Et le sens même du Yes we can. Amérique KO, même si jamais vaincue. On dit chapeau.

Zero Dark Thirty
Réalisé par Kathryn Bigelow. Avec Jessica Chastain, Jason Clarke, Reda Kateb, James Gandolfini, Edgar Ramirez – 149’.

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