Zaz: « Être heureux, c’est déjà un acte politique »

Avec "Recto Verso", la môme à la voix rauque fait le tour de la question et s'offre les services de Jean-Jacques Goldman.

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Comment s'est opéré le retour à la réalité après la frénésie de votre première tournée mondiale?
Zaz – Le jour qui a suivi mon dernier concert, je me suis envolée vers l'Arizona pour faire un trek en territoire navajo. Deux semaines dans le désert, pour me ressourcer, digérer ce que j'avais vécu et faire le vide avant de me préparer pour la suite de l'aventure. Je suis rentrée complètement requinquée.

Dans votre single On ira, vous affirmez que les enfants sont les gardiens de l'âme. C'est ça le message de la nouvelle Zaz?
Zaz – Le vrai message de cet album, c'est qu'il ne faut mettre personne sur un piédestal et que chaque individu a sa propre valeur. Mais vous avez raison, l'enfance est aussi au centre de "Recto Verso" et de cette chanson qui est particulièrement positive, parce que pleine d'espoir. Et aujourd'hui, dire qu'on est heureux, c'est déjà un acte politique.

À quoi rêviez-vous enfant?
Zaz – Je voulais changer le monde car ce que je voyais à l'extérieur ne correspondait pas à ce que je ressentais à l'intérieur. Je ne supportais pas les non-dits, j'essayais de provoquer des réactions en m'exprimant très fort et parfois de manière très naïve. Adulte, je fais la même chose avec mes chansons. Je ne crois pas que je vais changer.

Le Jean-Jacques Goldman avec qui vous avez travaillé pour la chanson Si ressemble-t-il à celui que vous écoutiez enfant?
Zaz – Jean-Jacques n'a sans doute pas changé, mais pour moi, il n'est plus le même. C'était le chanteur préféré de ma sœur, elle écoutait ses disques en boucle à la maison. Je me suis rendu compte que je connaissais toutes ses chansons par cœur sans avoir jamais fait attention à ce qu'il racontait. Sa force à lui, c’est de faire passer des messages très forts avec des mots simples et sans jamais jouer les donneurs de leçons.

Dans quelles circonstances l'avez-vous rencontré?
Zaz – On s'est parlé dans les coulisses des Enfoirés en 2011 et nous sommes restés en contact. Un jour, je lui ai forwardé un mail à propos d'une initiative du collectif Colibris (association à laquelle Zaz verse l'intégralité des bénéfices de son merchandising – ndlr) qui appelait tous les jeunes à voter. Quelques jours plus tard, Jean-Jacques me renvoyait le texte de Si. "Voilà ce que ton mail m'a inspiré. Cette chanson, elle est pour toi."

Vous qui y avez été confrontée, la célébrité a-t-elle un recto verso?
Zaz – Oui, bien sûr. Ce que vous gagnez d'un côté, vous le perdez de l'autre. Il m'est arrivé de dire "oui" pour faire plaisir alors qu’au fond de moi-même, il y avait un clignotant rouge qui s'allumait. Et au bout du compte, ça se terminait toujours en regrets ou en pétage de câble. Dans ce métier, vous pétez un câble lorsque vous acceptez de jouer un rôle qui ne vous correspond pas. Même si je m'ouvre toujours à mon entourage et que j'écoute toutes les sollicitations, je ne me fie plus qu'à ma propre intuition. Ça me permet au moins de ne plus culpabiliser.

Vous avez énervé pas mal de monde avec le succès à rallonge de Je veux. Êtes-vous parée pour le retour de bâton?
Zaz – J'avais déjà une bonne expérience de la scène et du regard des autres, mais rien n'aurait pu me préparer à la face cachée du succès. Je devais sans cesse me justifier et certaines attaques m'ont particulièrement blessée par leur caractère violent ou gratuit. Ça m'a mise mal à l'aise et j'ai été parfois maladroite dans mes réactions. Mais je suis guérie par rapport à ça. J'ai fait un long travail sur moi-même qui me permet de ne plus me laisser démolir à l'intérieur. J'accepte les critiques, parce que je m'accepte mieux moi-même.

Article complet dans le Moustique du 22 mai.

Luc Lorfèvre

Le 29/6 à Couleur Café. Le 8/9 à la Fête des Solidarités (Namur).

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