Yvan Mayeur: « Bouger les choses, ça fait des vagues »

Le bourgmestre de Bruxelles est depuis quelques mois au cœur de nombreuses polémiques. Rencontre et mise au point avec celui que d’aucuns surnomment le "despote éclairé". 

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Il y a un an, à la faveur du départ de Freddy Thielemans qui menait la liste PS lors des dernières élections communales, Yvan Mayeur devenait bourgmestre de Bruxelles-Ville. Le sémillant quinquagénaire aux chemises blanches impeccables et aux vestons bien coupés accédait aux commandes du cœur de la capitale dans une ambiance contrastée. Si certains louaient son pragmatisme, d’autres le craignaient. L’efficacité en démocratie est une qualité qui tient du funambulisme: entre agir et écouter, il faut trouver le bon équilibre.

La preuve de la difficulté de l’exercice semble s’étaler maintenant dans la presse. Yvan Mayeur aurait voulu supprimer le feu d’artifice du nouvel an, décidé de construire un parking sous le plus vieux marché aux puces de Belgique, décidé de ne pas faire intervenir "sa" police communale dans les échauffourées de la manifestation nationale du 6 novembre, causant ainsi de nombreux blessés parmi les forces de l’ordre. Dernier avatar de cette perte d’équilibre démocratique: lors du dernier conseil communal, des huissiers en charge de la sécurité ont été malmenés par des habitants venus en nombre protester contre le futur piétonnier du centre de la ville et contre ledit parking.

C’est à 10 mètres de la salle du Conseil de l’Hôtel de Ville, débarrassée des stigmates des violences citoyennes, qu’Yvan Mayeur nous reçoit dans son bureau. Les vénérables murs décorés de lambris du XVIIIesiècle résonnent des craquements du parquet, de magnifiques peintures représentent le Bruxelles moyenâgeux, ses maisons bordées de canaux, son ciel bleu doré de nuances de soleil.

Alors ce feu d'artifice du nouvel an? En fin de compte, il aura bien lieu?

Yvan Mayeur – Oui, oui, bien sûr, on va offrir un événement, jeux de lumière, musique et cinéma pour les familles sur la place de Brouckère. Avec une nouveauté, une nouvelle tradition qu’on voudrait installer: un décompte jusqu’à minuit, comme cela se fait dans d’autres capitales. Et à minuit, bien sûr, nous aurons le feu d’artifice.

Mais pourquoi, alors, cette polémique autour de son absence?

Y.M. – Il y a des gens qui se sont précipités sur le fait qu’on a dit qu’on n’organiserait plus les festivités sur le Mont des Arts. Donc, qu’il n’y aurait de facto plus de feu d’artifice au Mont des Arts. Et c’est devenu "il n’y aura plus de feu d’artifice" tout court… C’est évidemment faux. C’était, comme je l’ai dit, un "pétard mouillé". Je n’ai pas trouvé de meilleur jeu de mots.

A propos de pétards, qu’est-ce qui s’est passé le 6 novembre, lors de la manifestation?

Y.M. – D’abord, il y a eu 120.000 personnes, et avec la majorité d’entre eux, ça s’est bien passé. Mais nous avons eu un problème avec les dockers anversois qui sont venus avec l’intention de casser Bruxelles. On parle d’un groupe bien organisé. C’est une profession où il y a une hiérarchie, des chefs d’équipe qui donnent des ordres, etc. Donc on a des dockers qui répondent à des instructions et qui agissent selon celles-ci. Les résultats de l’étude indépendante qui a été menée après les événements sont très clairs: à Bruxelles, nous avons le maximum compte tenu de nos moyens. Par contre, nous disons ceci: on pouvait agir en amont. Les autorités d'Anvers auraient pu prendre des mesures. La "loi football" permet d’interdire des hooligans de stade, de les arrêter. Or, ces manifestants se comportaient comme des hooligans, on aurait donc pu les arrêter dès Anvers car ils y faisaient déjà des dégradations. Mais à Anvers, ils nous ont dit que ces dockers étaient 750, donc trop nombreux à arrêter. On les a donc fait monter dans le train, qu'ils ont démoli au point qu’on l'a fait s'arrêter à Malines. Mais là, le bourgmestre de Malines a refusé qu’ils en descendent. Ils sont donc arrivés Gare du Nord. On n'a pas agi à Anvers, ni à Malines et on nous reproche de ne pas avoir agi Gare du Nord, au milieu d'une foule composée aussi de gens qui n’ont rien à voir avec ces dockers? C’est une polémique regrettable, menée par des gens hostiles à Bruxelles…

Mais avez-vous donné l’ordre à "vos" policiers communaux de ne pas intervenir?

Y.M. – Non, non, c’est faux, tout est faux et le rapport indépendant est clair à ce sujet. 

La suite de l'interview dans le Moustique du 10 décembre 2014

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