Xavier Magnée: « Petit, je regardais déjà par le trou de la serrure »

Xavier Magnée, l’avocat le plus célèbre de Belgique, publie ses mémoires. Et déclenche une polémique comme il les aime. Rencontre et mise au point avec l’avocat de Dutroux.

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Il a 79 ans depuis la semaine dernière. Soit un âge tout à fait respectable pour publier ses mémoires. Mais Xavier Magnée avait dépassé ce moment de la vie où d'autres prennent déjà leur pension quand il est apparu pour la première fois aux yeux du grand public. C'était en 2003. Il prenait alors la défense du pédophile meurtrier Marc Dutroux. Depuis, ses lunettes et sa chevelure blanche mais fournie apparaissent régulièrement à la télévision ou dans les magazines, souvent en couverture, pour le plus grand plaisir de tous. Ou peut-être pas. L’homme peut susciter autant la sympathie que l’irritation et si sa conversation est brillante et spirituelle, parfois, le cabot prend le dessus sur l’avocat.

Véritable mémoire judiciaire de la Belgique, l’homme compte 53 ans de barreau. Xavier Magnée est un bretteur, un duelliste du verbe. Qui, parfois, ne peut résister à la tentation de provoquer d’inutiles polémiques. Sur les ondes de La Première, il s’est ainsi illustré en énonçant une métaphore dont il a perdu le contrôle pour la conclure d’une manière piteuse semblant justifier le viol. C’est chez lui, dans un vaste salon qui tient autant du bureau, de la bibliothèque, du café Jazz que du mausolée, que Xavier Magnée nous reçoit. Un petit peu penaud, tout de même. Les cristaux des verres du bar, les ambres et rubis des alcools, les ors des meubles Empire, les tapis d’Orient, les bois précieux, les marbres des sculptures ne parviennent pas, ce matin, à raviver la flamboyance du Maître. 

Xavier Magnée, qu’un "homme mette sa main dans la culotte d’une femme qui ne le veut pas" soit comparable à "une femme qui fait les poches de son compagnon", vous n’y croyiez quand même pas?

Xavier Magnée – Je peux m’être très mal exprimé. Le viol est insupportable. L’attentat à la pudeur est insupportable. La violence faite à une femme est insupportable de toute manière. Mais en matière pénale, il faut apprécier l’élément moral et l’élément matériel. On assimile le viol à toute agression érotiquement ou sexuellement causée. Nous parlions sur les antennes de La Première, dans l’émission de Jérôme Colin, d’un cas bien précis que j’évoque par ailleurs dans le livre que je viens de faire publier. Et en l’espèce, j’évoquais une affaire où un ex-petit ami abandonné était accusé de viol parce qu’il avait mis un doigt dans le vagin de son ex-compagne non consentante évidemment. J’ai éclairé la chose de la manière suivante: selon moi, cet homme était mû par la jalousie et par un souci de contrôle, et non par une pulsion sexuelle. Il a posé un geste inadmissible mais il n’avait pas l’intention de la posséder sexuellement et jouir de son acte abusif. Il se livrait à un contrôle comme un policier ou un médecin aurait pu le faire. Il voulait savoir si la femme dont il avait partagé la vie durant des années avait eu les minutes précédentes des rapports sexuels avec un autre homme. C’est cet éclairage que j’ai utilisé. Et donc l’incrimination de viol n’était, selon moi, pas fondée. Tandis que les violences volontaires et l’attentat à la pudeur l’étaient. La présidente du Tribunal correctionnel a d'ailleurs souscrit à cette argumentation. En conséquence de quoi, l’homme a été acquitté du viol mais condamné pour les violences et l’attentat à la pudeur. Evidemment que "faire les poches" et "faire un toucher vaginal" ce n’est pas la même chose, mais j’évoquais le motif qui me semblait commun: le contrôle.

Cette comparaison, c’est un peu un tour de passe-passe avec la vérité, non?

X.M. – Non, c’est ce qu’on appelle l’évidence inattendue, une explication surprenante mais qui convainc…

Cette "évidence inattendue", elle repose sur l’habileté de l’avocat…

X.M. – Oui, peut-être. J’ai été habile et j’ai convaincu la présidente. J’ai été maladroit à la radio: j’aurais dû dire "non ce n’est pas la même chose que d'être dans la culotte de quelqu’un sans son autorisation et de faire les poches". A la place, entraîné par ma dialectique – je veux gagner, ça fait plus de 50 ans que je fais ça, que je pense ça -, j’ai tenté d’avoir le dernier mot et, pire encore, j’ai été cynique et grivois. Habile en plaidoirie, mauvais à la radio. C’est dommage: j’évoquais, dans mon livre, cette affaire pour illustrer justement la limite à laquelle on peut toucher quand on fait de la mécanique au lieu de faire du droit humain.

Donc, tous les coups ne sont pas permis?

X.M. – Non, tous les coups ne sont pas permis. Il faut obéir à sa conscience. Et si j’avais considéré que cet homme avait été coupable d’un viol, je n’aurais pas plaidé ce que j’ai plaidé.

Si cet éclairage a réussi à convaincre, quelle est selon vous l’affaire dans laquelle votre travail d’éclairagiste a été le moins efficace?

X.M. – Dans l’affaire Geneviève Lhermitte, cette mère qui a tué ses 5 enfants… J’ai "obtenu" la perpétuité sans circonstances atténuantes. Même pas une. Quand j’ai vu le film de Joachim Lafosse, là j’ai compris comment j’aurais mieux fait de plaider.

Quel est le vrai visage de Marc Dutroux?

La suite de l'interview avec Xavier Magnée dans le Moustique du 26 novembre 2014.

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