Winter’s Bone: Jusqu’à l’os

Même si Winter's Bone n'est pas un film joyeux, il fait du bien, parce qu'il prouve la vivacité du cinéma indépendant américain.

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Même si Winter’s Bone n’est pas un film joyeux, il fait du bien, parce qu’il prouve la vivacité du cinéma indépendant américain.

Surtout en ces temps où la grande niveleuse hollywoodienne ne fonctionne plus qu’à coups de castings taillés sur mesure pour affoler les magazines people et d’histoires diluées pour plaire au plus grand nombre. Au risque d’ailleurs de ne plus faire vibrer personne.

Portrait d’une Amérique tellement profonde qu’elle en est submergée par la misère, ce mélange adroit de drame social (beaucoup) et de thriller (un peu) revendique fièrement l’héritage d’un cinéma hyperréaliste. Habituée des honneurs du Festival du Film de Sundance, où son premier film Down to the Bone (2004), déjà une descente aux enfers, avait remporté deux prix, Debra Granik y a de nouveau raflé la mise avec Winter’s Bone. Ce n’est que justice pour une œuvre qui fustige aussi intelligemment l’injustice.

Dans un univers glauque fait de rivalités entre clans adverses, peuplés d’êtres tous enfoncés jusqu’aux bottes dans la drogue et la loi du silence, une adolescente voulant subvenir aux besoins de ses frères et sœurs décide de partir à la recherche de son père récemment disparu avec la caution de la maison. A défaut de quoi la famille se retrouvera sur le trottoir.
On n’est évidemment pas dans le rose bonbon de Plus belle la vie, mais dans des teintes grises et noires. C’est juste, même si ça flirte parfois avec le misérabilisme.

Par contre, aucune faute de goût dans le choix des acteurs. Une galerie de vraies gueules cassées de cinéma, burinées par les jours sans soleil et les nuits sans sommeil. A cet égard, il faut saluer la prestation de l’impeccable Jennifer Lawrence. Déjà explosive dans l’âpre et saisissant Loin de la terre brûlée en compagnie de Charlize Theron et Kim Basinger, et à nouveau très émouvante dans cette chronique des laissés-pour-compte.

Son personnage de Ree fait partie de ces figures de cinéma immédiatement attachantes, légèrement extraverties mais terriblement fragiles. Lawrence campe une personne ordinaire que l’existence a choisi de ne pas épargner. Et c’est sans doute parce que Winter’s Bone nous ramène à la fragilité de notre petit confort qu’il fait si mal lorsqu’il dézingue le rêve américain. Jusqu’à l’os. – F.V.

Winter’s Bone
Réalisé par Debra Granik (2009). Avec Jennifer Lawrence, John Hawkes, Lauren Sweetser.
Sortie le 19/1 – 100’.
Notre avis: 2 étoiles

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