Will Smith: « Mes enfants vont en baver… »

Avec After Earth, l'ex-Prince de Bel-Air devenu roi du box-office hollywoodien revient aux affaires. Et adoube son fils en passant. Rencontre.

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Cette fois, vous luttez donc sur deux fronts. Il faut protéger à la fois votre film et votre fils…
Will Smith – Juste. C’est la seconde fois que je tourne avec mon fils, après A la poursuite du bonheur. Mais cette fois, certaines critiques s’attaquent directement à Jaden. Cinglant aussi bien le fait qu’il soit mon fils, comme s’il y pouvait quelque chose, que sa prestation. Toutefois, il le prend bien. C’est-à-dire avec le recul nécessaire. Jaden est nettement plus aguerri aujourd’hui. Prêt à faire face. Il sait que l’on n’est jamais autant exposé impunément. Sur le plateau aussi, il a évolué. Je ne le dirige plus vraiment comme un père le fait vis-à-vis de son fils. Il est devenu un partenaire de jeu à part entière. Notre travail en duo sur After Earth a été plus collaboratif que hiérarchique. J’ai 44 ans, il en a 30 de moins. Mais nous sommes collègues. C’est assez atypique comme situation.

Et c’est sans doute aussi assez compliqué. Surtout quand vous devez "simplement" redevenir son père et incarner l’autorité.
Oui, mais il gère assez bien la transition. Et sait qu’une fois à la maison, nos rapports se normalisent. Que je reviens à plus d’autorité parentale. Notamment pour lui inculquer des valeurs comme l’honnêteté et la modestie.

C’est plus complexe d’apprendre la modestie à son fils quand on est l’une des plus grandes stars du monde?
Disons qu’il faut surtout expliquer à mes enfants que tout n’est pas acquis dans la vie. Même si pour eux, tout l’est un peu, finalement… (Il rit.) Concrètement, quand je veux des billets pour assister à un match ou un spectacle en famille, même si l’événement affiche complet, je parviens toujours à dénicher des places. Mais je leur explique chaque fois que l’immense majorité des gens n’a pas cette chance. Et que ce sont plutôt ceux-là qui se trouvent dans la norme. Donc, oui, il faut veiller à ce que les enfants n’abusent pas du pouvoir que leur confère leur nom ou la notoriété de leur famille. Mais, que je sache, ce n’est encore jamais arrivé. Peut-être parce que, justement, je ne facilite quand même pas trop la tâche de mes enfants. Ma grand-mère me disait toujours: "Ne laisse pas l’échec te briser le cœur ni le succès te monter à la tête". Bref, tout est question d’équilibre… Vous savez, chez les Smith, le cinéma est carrément devenu un business familial. Un peu comme si on travaillait tous dans une pizzeria.

Vous vous souvenez de vos 14 ans? Quand vous aviez l’âge de votre fils?
J’étais le même type d’ado que lui. Timide mais qui savait ce qu’il voulait. Sauf que moi, je n’avais vraiment aucune idée de quoi allaient être faites les années suivantes de ma vie. Alors que lui, honnêtement, au niveau matériel et professionnel, il est nettement plus à l’aise. Même si le fait que nous disposons de confortables économies ne lui épargnera pas tous les soucis que la vie réserve aux jeunes hommes. Et je me dis même que mes enfants vont peut-être en baver plus que les autres…

A quel niveau?
J’ai récemment croisé Justin Bieber. Et il souffre d’une exposition trop rapide et trop énorme. Il ne mène pas la vie normale d’un jeune homme de 19 ans. Et sa transition vers l’âge adulte s’avère complexe et perturbée.

After Earth fait référence aux peurs primales, notamment celle de l’inconnu. Vous craignez le lendemain?
Je crains en tout cas l’inconnu! Mais je ne redoute pas le lendemain au niveau matériel. Au risque de me répéter: j’ai la chance d’assez bien gagner ma vie pour ne pas avoir peur de ne pas savoir payer mes factures la semaine prochaine. Par contre, comme tout le monde, si j’étais projeté dans un monde hostile, forcément, je flipperais un maximum. Si je devais établir une comparaison pour expliquer cette peur de l’inconnu, je dirais que c’est un peu comme ce moment où nous avions à peine un mois, et où nos parents ont éteint la lumière pour la première fois. Je suis sûr qu’instinctivement, nous nous sommes tous dit: où sont-ils? Je suis seul. Qu’y a-t-il dans l’obscurité?

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After Earth contient aussi, en filigrane, un message sur les conséquences possibles du réchauffement climatique. Vous vous considérez comme une sorte de porte-drapeau de certaines causes?
Selon moi, un film sert à divertir. Mais aussi, un peu, à agiter les consciences. Soyons clair: After Earth est surtout destiné à du pur fun en famille ou entre amis. Mais si, au passage, il peut ouvrir les yeux à quelques personnes au sujet des conséquences de nos actes sur l’équilibre écologique de la planète, pourquoi pas? En gros, chacun de mes films raconte une histoire mais n’a vraiment de sens que s’il délivre un message… quel qu’il soit.

Autre point commun de la majorité de vos films: ils se terminent souvent par un happy end. Qui semble donc aussi faire partie de votre cahier des charges obligatoire…
C’est presque devenu une obligation pour tout film produit par un studio américain. Mais sinon, oui, vous avez raison. J’aime les histoires qui finissent bien. Sans doute pour jeter un sort à la vie. Qui, elle, est une histoire qui se termine mal. Mais l’existence réserve aussi de belles surprises…

Du genre?
Par exemple, voir un président noir aux États-Unis il y a dix ans n’était envisageable que dans un film de science-fiction.

Et un Men In Black 4 avec vous? Ce serait une belle surprise? Ou juste un vœu pieux?
J’ai joué dans trois épisodes, et ça me semble suffisant. Mais si Jaden veut prendre ma succession, pourquoi pas…

Interview complète dans le Moustique du 12 juin.

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