Will Smith: « J’ai la foi! »

Après l’échec de After Earth, Will Smith revient aux affaires avec Focus, un film de gangsters en col blanc. Le Prince vacille. Mais son capital séduction reste au beau fixe.

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En interview, Will Smith est ce qu'on appelle "un bon client". Jamais avare en anecdotes, il sait se montrer sympathique et drôle sans toutefois éviter les questions qui dérangent. Vous en connaissez beaucoup, des acteurs qui résument leur nouveau film de cette façon? "Focus raconte la relation entre un arnaqueur professionnel et une apprentie-criminelle. Il y a de l’humour, de l’action et des baisers sur la bouche. C’est donc un rôle de séducteur. Une totale composition pour moi. A douze ans, j’avais la même taille qu’aujourd’hui, mais avec la moitié de mon poids. Autant vous dire que cela donnait quelque chose de curieux et d’assez mal proportionné. Pour draguer, ce n’était pas l’idéal. En fait, c’est sur le tournage de Bad Boys(1995)que je me suis vraiment senti attirant pour la première fois. Là, j’avoue, j’ai un peu commencé à m’y croire, à devenir égocentrique ! Et tout ce qui va avec…"

On dit d’ailleurs souvent qu’il faut être mégalo pour être acteur. Ce serait donc vrai?

Will Smith – Oui! Il faut avoir un ego démesuré pour ce job. Et je ne plaisante pas! Le mien est énorme. Mais je le contrôle et je ne cherche à écraser personne. L’ego, c’est la force qui vous permet d’agir mais il ne faut pas le laisser vous dominer. Sinon, c’est la chute assurée.

Avez-vous déjà eu peur de tout perdre un jour? 


W.S. – Je l’ai même déjà vécu! Quand j’avais dix-neuf ans, je gagnais beaucoup d’argent. J’ai fait construire une maison. Et puis, quelques mois plus tard, j’ai été ruiné lorsque les impôts américains m’ont pris tout ce qu’il me restait. Je me suis retrouvé seul. Là, j’ai considéré ma carrière de manière analytique. Ce qui, avec le recul, n’était pas la meilleure chose à faire. Mais je n’avais plus le choix. J’avais remarqué que les plus grosses stars apparaissaient dans les plus gros films. Et que les dix plus gros succès de tous les temps n’étaient que des films à effets spéciaux. D’où Independence Day, Men in Black, Wild Wild West et autres trucs du genre qui ne font pas appel à votre intellect. C’est le moins que l’on puisse dire. Ensuite, j'ai réalisé que ma façon de procéder ne me mènerait pas très loin à long terme. J’ai donc changé mon fusil d’épaule à la fin des années 90.

De quelle manière?

W.S. – En fait, j’avais démarré tellement fort que je n’intéressais plus le cinéma traditionnel. C’est sur un terrain de golf que le choc a eu lieu. Je croise Steven Spielberg au détour d’un put. Et lui balance franco, à moitié pour rire et à moitié sérieusement: "Hé, Steven, pourquoi n’as-tu jamais un rôle pour moi?" Sa réponse m’a glacé: "Tu es trop gros pour mes films." En une seconde, j’ai réalisé que j’étais devenu une machine à faire de l’argent plus qu’à exprimer des sentiments. J’ai alors accepté de jouer les caddies pour le film de Robert Redford, La légende de Bagger Vance. Moi, le golfeur expérimenté qui partage parfois un parcours avec Tiger Woods, je suis retourné à l’école du golf et du cinéma! Mais cela m’a fait du bien. J’ai ensuite tourné Ali pour prouver que je savais tenir des rôles plus profonds que de simples postes dans des films d’action. C’était une étape fondamentale de ma carrière. Vous savez, j’ai toujours été porté par la foi. Et je crois que c’est la chose vraiment primordiale chez un être humain. Pour savoir tout simplement faire face à la vie.

Vous avez eu besoin de cette fameuse foi pour vous remettre de l’échec de After Earth, que vous aviez tourné avec votre fils aîné Jaden voici quelques années?

W.S. – Absolument! Ce plantage restera l’un des pires moments de mon existence. Pas tellement pour moi, parce que j’avais déjà dû faire face à des revers dans ma carrière. Mais surtout pour mon fils! Il s’en est pris plein la figure. Je peux comprendre que ce film ne plaise pas à tout le monde. Mais de là à traiter Jaden d’acteur raté, de fils à papa incompétent et de bien d’autres choses encore… Donc, là, oui, pour ne pas craquer, surtout en face de lui, j’ai dû employer toutes les méthodes possibles pour rester zen.

Les critiques envers le film étaient en partie injustifiées, selon vous?

W.S. – Il faut faire la distinction. On peut critiquer un film, c’est même le job de certains. Une critique négative mais argumentée peut m’intéresser. Par contre, quand on arrive sur un terrain plus personnel. Où on critique frontalement mon fils plutôt que le film dans lequel il apparaît, là, oui, j’ai envie de mordre! Et je suis donc devenu son meilleur avocat.

Allez-y! La parole est à la défense…

W.S. – Je vais essayer de bien plaider alors. (rires) Votre Honneur, c’est une chose tellement étrange, Jaden… Il a une paire de chaussures. Il a trois pantalons et il a cinq chemises. Il a refusé d’être un esclave de l’argent. Je respecte tellement ça… C’est troublant à regarder, parce que je viens d’un milieu de classe moyenne… On nous coupait l’électricité et le gaz si on ne payait pas la facture à temps. Ce qui arrivait régulièrement. Et Jaden est à l’opposé complet en terme de classe. Il pourrait dépenser sans compter. Nous en avons les moyens. Mais non! Et j’apprécie beaucoup son attitude. Et je vous jure que tout est vrai.

Mais, outre le fait de ne pas être dépensier, à quel autre moment son attitude vous a-t-elle encore bluffé?

W.S. – Précisément quand il s’est fait étriller à la sortie de After Earth! En fait, j’étais plus touché que lui par les reproches qu’il se prenait dans la figure. Et là, il m’a dit: "Si quelque chose fait mal, fais le dos rond. Jusqu’à ce que ton environnement négatif perde son pouvoir sur toi." Bref, il a compris qu’il fallait être prêt à affronter une certaine dose de souffrance si vous vouliez mener une belle vie ensuite.

 

 

L'arnaqueur

Réalisé par Glenn Ficarra & John Requa. Avec Will Smith, Margot Robbie, Rodrigo Santoro – 105’.

Pour Will Smith, il s'agit ici de faire oublier le fiasco d'After Earth. Pari réussi? A moitié! Nicky (Will Smith), passé maître dans l’art de l’escroquerie s’éprend de Jess (Margot Robbie qui faisait craquer DiCaprio dans Le Loup de Wall Street), encore débutante en matière de fraude. Alors qu’il lui apprend les ficelles du métier et que la jeune femme se rapproche dangereusement de lui, il rompt brutalement avec elle. Trois ans plus tard, la novice est devenue une redoutable femme fatale. Et menace de faire capoter le nouveau plan à haut risque de Nicky. Pour la première fois de sa carrière, le maître des escrocs est désarçonné…

Et le spectateur aussi! Car si le film part bien, lorgnant du côté des bons récits d’arnaque (Ocean’s Eleven, Snatch), la suite se délite à cause d’un scénario lacunaire, de péripéties trop téléphonées pour être crédibles et d’un final tellement plat que celui qui se sent arnaqué est surtout le spectateur. Dommage!

 

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