Wilfried Martens: l’homme aux neuf vies

Wilfried Martens, Premier ministre belge de 1979 à 1992, est décédé ce 10 octobre à l'âge de 77 ans. Evocation,  photos et hommages.

955771

#1 L'homme au "Wîîî"

Ne vous fiez pas à ce fameux "wîîî" quelque peu aristocratique qui faisait sourire les francophones. Wilfried Martens était fils de paysans. Attaché à sa terre autant qu'à sa région, la Flandre. Ses premiers pas en politique s'inscrivent d'ailleurs dans les traces du mouvement flamand. Docteur en droit, licencié en notariat et bachelier en philo, il s'inscrit au CVP (actuel CD&V) en 1963.

#2  Martens, le Flamand

On l'aurait plutôt vu à la Volksunie, vu sa participation aux marches flamandes sur Bruxelles et ses combats précédents pour la fixation définitive de la frontière linguistique et contre le régime des facilités.
Mais Wilfried Martens a du flair. Et de l'ambition pour le parti socio-chrétien, malmené depuis la fin des années 50 par une série de défaites électorales.
 
De 1963 à 1972, avec son ami Jean-Luc Dehaene, celui qu'on surnomme alors le "Wonderboy" du CVP, fédère un parti qu'il va aussi fortement contribuer à flamandiser. En 1966, il prend ainsi part au "Walen Buiten", qui réclame l'éviction de l'UCL du territoire flamand. En 1972, il accède à la présidence du CVP.

#3 Martens le Premier Ministre aux 9 gouvernements

Quelques années plus tard, l'échec du Pacte d'Egmont porte un coup fatal à son rival, Léo Tindemans. Wilfried Martens lui succède au 16 rue de la Loi, le 3 avril 1979. Il est alors, à 42 ans, le plus jeune Premier ministre d'Europe. Mais il y fera long feu: il y restera 13 ans – avec une seule interruption de six mois, le temps d'un éphémère gouvernement Eyskens – prenant la tête de neuf gouvernements.
 
A Bruxelles, son flamingantisme doit forcément céder à l'exigence de consensus avec les francophones. Mais Wilfried Martens, qui n'avait aucune expérience ministérielle en intégrant le "16", saura aussi se montrer souple sur le plan idéologique. Il aura au final gouverné avec tout le monde: tant les socialistes que les libéraux, tant le FDF que la Volksunie. Sous les neuf gouvernements Martens, la Belgique verra la création des Régions wallone, flamande et bruxelloise, assistera à la crise des Fourons, connaîtra plusieurs plans d'austérité…
 

#4 La fin du parcours belge. Martens, l'Européen

En octobre 1991, une enième crise éclate. Wilfried Martens, cette-fois, n'y survivra pas. Lâché par son parti, il passe le relais à Jean-Luc Dehaene, qui lui succède au poste de Premier ministre. Son isolement dans la monde politique belge saute aux yeux lors des funérailles de Baudouin, en 1993. L'année suivante, il prend alors le chemin de l'Europe, où il prendra ses dernières fonctions de député européen et de président du Parti populaire européen.

 

Les réactions sur Twitter

Sur le même sujet
Plus d'actualité