Vos fantasmes et vous

Ils nourrissent notre vie sexuelle et nous offrent la jouissance. Mais concrétiser nos fantasmes peut être risqué.

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Faire l’amour sur un toit en flammes, jouir pendant un saut en parachute, être massée par un Noir aveugle, se dédoubler pour se faire l’amour à soi-même, faire une orgie avec une bande de majorettes…

Ou, plus classiques, dans l’ascenseur, sur la plage, dans une église, avec des sœurs jumelles, avec la mère d’un copain, en regardant son mari faire l’amour à une autre… Il y en avait pour tous les goûts dans vos réponses à notre grande enquête sur telemoustique.be. Son but: esquisser une cartographie non pas de nos fantasmes sexuels (ils sont bien trop nombreux et variés), mais de notre attitude envers eux. Un sujet également abordé ce mercredi soir (23/2) dans l’émission Questions à la une. En avons-nous ou pas? En parlons-nous? A qui? Est-ce qu’on les réalise? Avec satisfaction? Vous avez été plus de 3.000 à répondre sans fard à nos questions les plus indiscrètes sur ces « caresses du cerveau », comme les appelle le sexologue français Sylvain Mimoun.

 De quoi découvrir que 94 % d’entre vous en ont et qu’on en parle plus facilement qu’avant. Mais aussi qu’ils sont variés et souvent plus romantiques qu’on n’aurait pu s’y attendre, au regard de l’hypersexualisation ambiante. Ils ne sont pas perçus comme « anormaux » et vous les considérez comme nécessaires à votre équilibre. On apprend également que si Internet est une nouvelle source d’inspiration très prisée, c’est encore avec son partenaire sexuel qu’on explore le plus le champ de ses fantasmes. Pour le meilleur et pour le pire. « Comme ce couple qui a divorcé parce que le mari ne supportait pas le fantasme de sa femme d’être dominée, masochisée », se souvient Patrick De Neuter, psychanalyste et président de l’Institut de la famille et de la sexualité à l’UCL. Il explique que nous sommes tous habités et influencés par des fantasmes insoupçonnés et parfois inavouables.

Que sont les fantasmes sexuels?
Patrick De Neuter. – Ce sont des scénarios, conscients ou inconscients, qui nous excitent sexuellement, organisent notre vie sexuelle et soutiennent notre désir. Ils cherchent à se réaliser. Si nous avons du plaisir, si nous jouissons, c’est toujours parce que nous réalisons un fantasme, conscient ou inconscient, les fantasmes conscients n’étant que le dessus de l’iceberg. Donc les gens qui disent ne pas avoir de fantasmes sont de bonne foi, mais ils sont habités et orientés par des fantasmes inconscients.

Ces fantasmes inconscients nous influencent sans qu’on le sache?
P.D.N. – Prenez par exemple les fantasmes meurtriers, de cannibalisme, d’infanticide. On est trop honteux pour les accepter consciemment. L’expérience analytique montre notamment que nous sommes tous habités par des fantasmes homosexuels. Mais seul un pourcentage minime des gens le reconnaît ou en a simplement conscience.

D’où viennent les fantasmes sexuels?
P.D.N. – Ils prennent leurs racines dans l’enfance. Regardez les fantasmes plébiscités par vos répondants: s’embrasser, se caresser, avoir l’impression de fusionner avec le partenaire… Le sexe oral, aussi, trouve son origine dans le plaisir de la succion du mamelon, du biberon. Ce qui va faire qu’un fantasme se cristallise en cours d’existence et devient un fantasme privilégié, c’est propre à l’histoire de chacun. Et dépend des fantasmes des parents.

Ah bon? C’est héréditaire, les fantasmes?
P.D.N. – D’une certaine façon. Supposons qu’une mère éprouve beaucoup de plaisir à donner le sein ou la tétine, cela peut susciter du plaisir chez l’enfant. Ou, au contraire, un rejet, parce que le trop-plein de plaisir peut entraîner du dégoût ou de l’angoisse. Pensez aussi au fantasme de voir sa femme faire l’amour avec un autre homme. Cela a pu se cristalliser chez l’enfant en entendant ou en voyant sa mère faire l’amour avec son père.

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Certains fantasmes font peur… Sont-ils de l’ordre d’une déviance ou d’une perversion?

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