The Voice: le pour, le contre et le reste

"Un pari que l'on considère comme réussi". C'est ainsi que François Tron, directeur des programmes de la RTBF, résume la situation à la veille de la finale de The Voice.

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Satisfaction qui laisse clairement entendre la mise en orbite d'une suite. "Je parlerai de deuxièmesaison quand la première sera terminée, commente Tron. Mais, a priori, il y a beaucoup d'éléments favorables." En attendant, premier bilan d'un militant de la cause commenté par celui qui se targue d'avoir même intéressé le Premier ministre dont le tweet est entré dans la mythologie de l'émission.

TRES BIEN

La dynamique des blinds
On a adoré le dispositif des blind auditions et des fauteuils qui pivotent. Non seulement pour le suspense qu'elles engendraient (qui n'a pas gueulé sur les coaches qui ne bougeaient pas ou pas assez vite), mais aussi pour sa mise en images. Associer les parents et les amis des candidats était la bonne idée. Une patte familiale quasi apaisante en cette période de téléréalité brutale et cynique. Mentions spéciales au papa de Roberto Bellarosa et au copain de Julie Compagnon. The Voice a produit de l'empathie.

La mécanique de la compétition
On a beaucoup aimé le côté "championnat" et son élan ludique. Soutien aux équipes, mauvaise foi du supporter, passion aveugle pour certains candidats, campagne pro-Lubiana ("Après Lubiana, est-ce vraiment nécessaire d'aller au bout de la compétition?"), campagne anti-Lubiana ("Lubiana est un pétard mouillé, elle ne sait pas chanter"), débats autour de certaines interprétations et/ou éliminations ("Moi, s'il sort, je regarde plus"), foire d'empoigne sur les quotas ("Pas assez de chanson française, c'est un scandale"), disputes autour des décisions des coaches ("C'est des clettes, j'te dis"). The Voice a produit de la conversation.

BIEN

Le surlignage des réseaux sociaux
A part pour une finale de Coupe du monde ou un Concours Eurovision, les occasions de faire péter les chips et de déconner devant la télé sont devenues rares. The Voice a redonné envie de faire la fête devant la télé avec soirées entre supporters (au grand désespoir des allergiques au genre). Mais surtout, l'émission a ouvert la voie à une consommation proactive de la télé. Site Internet ultra-vaillant, Facebook en flux continu et réactions instantanées sur Twitter devenu une immense cour de récréation où le drôle a côtoyé le très drôle, et le bête, le bébête. The Voice a produit une nouvelle façon de regarder la télé.

La sympathie des coaches
Ils ont beaucoup contribué au déclic affectif du jeu. Ils ont étonné, agacé, surpris, plu, déplu et déçu. Personnages à part entière, Lio, Greg, Senso et Quentin Mosimann n'en ont pas fait des tonnes, juste ce qu'il faut pour se profiler. Grande distinction à B.J. Scott que son accent country and western et ses formules ont carrément transformée en fétiche de l'émission. Ses expressions "Tu m'as scotché la gueule" ou "Tu as deux sacrés melons dans le pantalon" sont devenues cultes.

Les arrangements des morceaux
Le travail sur les arrangements pour les blinds était super. Franchement. Bravo à Alec Mansion, directeur musical sur les blinds et les duels pour avoir apporté une chouette touche "unplugged" qui cadrait avec l'esprit du début de l'émission. Jacques Pilli et Nicolas Dorian ont assuré la couleur musicale des lives qui, avec plus de musiciens et plus de choristes, revenaient au principe "grandes émissions de variétés". The Voice a produit un bon son.

MOYENNEMENT BIEN

Les lives, une autre émission
Le dispositif des lives a donné l'impression de revenir à une télé traditionnelle, voire vieux jeu. "Le concept est ainsi fait, explique François Tron. Il est fondé sur la sélection à travers les blinds et les duels et puis un retour aux canons plus classiques des télé-crochets. Il est intéressant d'observer que, partout où l'émission est diffusée, on note une baisse d'audience au démarrage des lives. Les concepteurs du programme planchent sur une construction différente pour les lives." The Voice n'a pas produit de grands moments de directs.

Les coaches en scène trop tard
On aurait aimé découvrir plus tôt ce que les coaches avaient dans le ventre, eux qui avaient la mission de guider les talents dans leur travail artistique. Lio, bien sûr tout le monde sait ce qu'elle sait faire ou pas. Mais c'était bien la seule. Le grand public ne connaissait ni le répertoire de B.J. Scott, ni celui de Joshua, quant à Quentin, tout le monde pensait qu'il était DJ – avec quelle légitimité dans le coaching vocal? "On met en avant les talents, répond Tron, c'est le principe. Mettre en avant les coaches dès le début comme l'a fait TF1, cela aurait éclipsé les talents." Malgré cela, The Voice a produit une vraie curiosité sur la musique des coaches.

Les invités en promo
Le choix des invités est lié aux calendriers promo des maisons de disques. "Les invités sont tributaires des plans médias, commente François Tron. La Belgique reste un petit pays pour la venue de stars. On n'a pas eu Madonna, mais on a eu Charlie Winston ou Laura Pausini, de vraies stars internationales. Sans compter Maurane, Tiziano Ferro, Christophe Willem, M Pokora, Thomas Dutronc (pour la finale) – des artistes qui ont une vraie réputation." N'empêche, The Voice n'a rien produit comme belles rencontres entre invités et candidats.

NUL

Les chorégraphies, c'est ringard
Dès les lives, elles ont fait basculer le show installé par les blinds et duels vers quelque chose d'autre – de la variété un peu vieux jeu, pour être franc. Le changement de chorégraphe en cours de route (Selasi Dogbatse contre Joëlle Morane) n'a pas suffi à gommer ce côté Kamel Ouali (hip-hop de comédie musicale) voire spectacle scolaire inutile à la prestation des talents. The Voice n'a pas produit de nouveau moonwalk.

Le stylisme qui tue
On a parfois eu l'impression – surtout au début des duels et des lives – que les talents étaient habillés par des gens qui leur voulaient du mal. On a souvent frôlé le carnaval et pratiquement toujours la guindée Saint-Sylvestre. The Voice n'a pas produit de mode vestimentaire (sauf peut-être un sursaut chez Fred Perry, marque arborée par le duo de Joshua).

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