The Voice – La voix de la raison

En quatre saisons, la version française de The Voice sur TF1 s'est hissée en tête des succès télé. En France comme en Belgique. Explication d'un tube médiatique en cinq temps.

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Comment choper l'air du temps? C'est la question que tout bon producteur se pose. Pas besoin de chercher midi à quatorze heures, la réponse se trouve sous nos yeux ébahis, tous les samedis soir: il suffit de regarder The Voice, la plus belle voix sur TF1. C'est que malgré ses quatre années d'existence – durée de vie qui le relègue presque au rayon des dinosaures télé -, le show imaginé par Endemol s'impose encore en leader dans le cœur des téléspectateurs. Là où d'autres se plantent, s'essoufflent ou n'arrivent même pas à durer une saison, comme l'a prouvé Rising Star.

Avec près de 7 millions de fans scotchés à leur écran à chaque diffusion, auxquels s'ajoutent chaque samedi près de 400.000 Belges, des commentaires dithyrambiques sur Twitter et Facebook, le télé-crochet a cloué le bec de tous ses détracteurs d'antan en appliquant cinq leçons maîtrisées. On décrypte.

La stabilité

Là où The Voice Belgique a enchaîné les remplacements dans ses fauteuils tournants, switchant en vrac entre Quentin Mosimann, Bastian Baker, BJ Scott, Lio, les membres de Joshua, Stanislas, Chimène Badi, Natasha St-Pier, Jali et Marc Pinilla, la version de TF1 a fidélisé son public en n'effectuant que très peu de changements dans son carré de tête. En effet, seuls Louis Bertignac et Garou ont laissé leur place à Mika et Zazie. Et ce à un an d'intervalle, de quoi laisser le temps de recréer une dynamique de groupe dans la bande des coachs à chaque mutation dans l'émission et éviter un certain manque de spontanéité.

Mine de rien, il faut du temps pour s'imprégner de la dynamique The Voice, la production de TF1 en est bien consciente et met tout en œuvre pour que la cohésion règne au sein du jury, comme l'expliquait Mika à son arrivée dans l'émission."La direction insiste pour que nous soyons proches. On mange, on boit le café, on fume tous les quatre dans un petit lounge spécialement conçu pour nous. Ça préserve ce côté familial…"

L'efficacité

Tout récemment sacrée aux César comme meilleur espoir féminin pour son rôle dans La famille Bélier, la jolie Louane est sur tous les fronts, les écrans, les panneaux publicitaires. Jeune et joviale, l'actrice qui a réussi le pari de nous faire fredonner le répertoire de Sardou semble tombée de nulle part. De même pour le duo Fréro Delavega, mais surtout pour Kendji Girac, charmant chanteur d'origine gitane qui fait hurler les filles à coups d'accent du Sud et de mélodies endiablées, olé!

Et pourtant, aussi disparates qu'ils soient, tous deux proviennent de la même écurie, vous l'avez dans le mille: The Voice, la plus belle voix. Un sacré gage de qualité pour le show de TF1, qui pousse des candidats belges comme Robinne à aller tenter leur chance de l'autre côté de la frontière, mais surtout une preuve d'engagement des téléspectateurs qui, émus, se rappellent les premiers pas de l'artiste tant convoité lors de son blind. Un pathos inébranlable qui fidélise les téléspectateurs, avides d'assister à l'éclosion d'un nouveau talent, un vrai: une star.

L'homogénéité

Avez-vous remarqué? La plupart des candidats qui poussent la chansonnette dans The Voice, la plus belle voix ne sont pas si anonymes que ça. On l'a vu avec Stephan Rizon, Raf, le fils d'Hélène Ségara, Claire des L5, Guilhem cette année qui compte déjà deux albums à son actif ou encore Camille Lellouche qu'on avait pu voir au cinéma dans Grand Central. Si ce précasting effectué par la production pouvait s'avérer désagréable au premier abord, pour cause de tromperie sur la marchandise de prétendues graines de chanteurs, il est en fait très profitable et évite l'effet kermesse.

En effet, ces candidats pros mélangés aux jeunes talents émergents  maintiennent le bateau The Voice à flot à grand renfort de vibes, de show et de vibrato. Et ajoutent un soupçon de suspense et de plaisir coupable. Difficile d'imaginer qu'une ex-L5 sera éliminée du premier coup… Pourtant, à l'aveugle, pas de favoritisme. De quoi laisser penser que tout le monde a sa chance: moche ou beau, connu ou pas, gros ou anorexique. Même au cœur de l'industrie du disque, si réglementée.

La réactivité

Avec un animateur de la trempe de Nikos Aliagas, véritable taulier des divertissements, on ne peut s'attendre qu'à du bon dans un show comme The Voice. L'homme, qui switche entre improvisation et professionnalisme, cultive un pragmatisme certain et une remise en question permanente. "Il faut garder ce qui fonctionne et consolider la promesse du programme. On doit se réinventer et cela passe aussi à travers l'arrivée de Zazie en tant que coach. Nous sommes là pour divertir les gens, accompagner les talents et découvrir une voix." Modeste, mais réaliste… et philosophe. Car c'est là où The Voice, la plus belle voix tire principalement son épingle du jeu: l'intégration de nouveautés tout en discrétion.

Dès qu'un signe d'essoufflement se fait sentir, comme avec les Battles qui subissent chaque année une érosion d'audience, la prod remanie le canevas du show et intègre l'épreuve ultime qui, en même temps, réduit le nombre de candidats pour les Live et donc l'ennui du public. Puis évidemment, le côté financier de ce mastodonte permet un plateau bling-bling et des fauteuils high-tech. Pas de quoi rougir face aux versions US et anglaise du show. En tout, une saison de The Voice coûte environ 16 millions d'euros à TF1. Rien à voir avec le budget de la RTBF.

Le sentimentalisme

Liant comme un œuf dans une mayonnaise, le pathos dans The Voice, la plus belle voix est l'ingrédient secret sans quoi rien ne fonctionnerait. Le gage de réussite. Et ce n'est pas Jenifer, connue pour ses longs sanglots, qui dira le contraire. C'est que les larmes et l'attachement aux candidats qu'ils coachent intensément, pour une fois, ne sont pas factices. On est loin des Nouvelle Star et autre Rising Star qui voient passer des candidats chanteurs comme à l'abattoir.

Du coup, pas question non plus de lâcher des piques et des surnoms désagréables, The Voice, c'est un peu comme le pays de Oui-Oui: tout le monde y est gentil. Et là on peut le dire, TF1 nous prend par les sentiments. Une façon de décomplexer les compétitions de chant en y insufflant tout ce qu'il faut de compliments, alors qu'il y a peu encore, remporter la Star Ac' n'avait rien de glorieux. Mais oui, rappelez-vous d'un certain Quentin Mosimann. The Voice, c'est un ticket express dans le monde médiatique, ni plus, ni moins. Et c'est pas rien!

 

The Voice, la plus belle voix

Chaque samedi TF1 20h50

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