Violetta, la brune aux œufs d’or

Les héros de la série phénomène de Disney étaient de passage en chair et en os chez nous le week-end dernier pour cinq concerts à guichets fermés. On les a vus de près. Si.

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A l'occasion de la tournée européenne qui faisait escale à Bruxelles le week-end dernier, les jeunes acteurs de la série Violetta sont descendus au luxueux hôtel Amigo à deux pas de la Grand Place. C'est ce qu'on appelle un traitement de stars. Et pour cause, en seulement trois ans d'existence, Violetta s'est imposée comme l'une des marques les plus fortes de la télévision mondiale. Quelques familles font le pied de grue devant l'hôtel dans l'espoir d'entrevoir l'une ou l'autre idole. "Ce sont mes petites-filles qui m'ont demandé de les accompagner, dit une grand-mère venue exceptionnellement de Louvain-La-Neuve vers la capitale. Je ne connais pas cette série. Mais devant leur insistance, j'ai eu envie de leur faire plaisir." Les deux gamines enchaînent: "On aime Violetta parce qu'elle est belle et qu'elle chante bien." Nous aurons beau poser la question à d'autres jeunes filles, la réponse sera systématiquement la même: on aime Violetta pour son physique de jeune première, ses vêtements à la mode et ses chansons taillées pour un public préadolescent. "Rien ne peut m'arrêter/Mon destin c'est pour aujourd'hui", chante-t-elle dans En Mi Mundo, générique de la série.

Information capitale pour les plus de quinze ans: Violetta est une teen novela argentine produite par Disney Channel. Un dérivé de Fame pour les moins de douze ans, filon déjà exploité par Hannah Montana ou High School Musical, qui raconte la vie, les amourettes et les ambitions d'un groupe d'adolescents dans une école de chant de Buenos Aires. Le personnage principal est interprété par la jolie Martina Stoessel, jeune Argentine issue d'une famille aisée et influente puisque son papa n'est autre que le producteur de la version paraguayenne de Danse avec les stars. Et si la série brasse de nombreuses questions (les rapports amoureux, le désir d'indépendance, l'importance de suivre ses rêves), la question centrale reste cependant triviale: Violetta sortira-telle finalement avec Tomas ou Leon? Trois saisons de 80 épisodes ont été tournées (diffusées chez nous par Club RTL et Disney Channel), et on ne connait toujours pas la réponse. D'autant que les producteurs laissent actuellement traîner le suspense sur la mise en chantier d'un quatrième tour de piste.

Des chiffres ahurissants

C'est qu'il y a désormais beaucoup d'argent en jeu. Et quand il s'agit de faire sonner la tirelire, Mickey sait comment s'y prendre. Violetta est en effet bien plus qu'une série télévisée, c'est une marque déclinée sous toutes les formes imaginables: magazines, autocollants, disques, matériel scolaire, bijoux, journaux intimes, livres, revues. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La série est diffusée dans 140 pays, traduite dans seize langues et regardée autour du monde par un public cumulé de 40 millions de personnes. Principalement des petites filles entre 6 et 14 ans. Violetta, c'est aussi trois millions de livres vendus, près de deux millions de disques, un million de journaux intimes et 350 millions de vues cumulées pour les vidéos sur YouTube. Une jolie brune aux œufs d'or, donc, qui draine derrière elle une communauté toute dédiée à sa cause (ses fans s'appellent les Tinistas). La page Facebook du programme a été likée plus de six millions de fois. Et lorsqu'on leur a demandé sur le site officiel de Disney si "Violetta devait choisir pour amoureux Leon ou Tomas", ils ont été deux millions à donner leur avis sur la question. Bref, si à six ans, tu ne connais pas par cœur les paroles de Soy Mi Mejor Momento , En Mi Mundo, Euforia ou Hoy Somos Mas, c'est que tu as raté ta vie.

Mais le produit dérivé le plus rentable de la série est la production de spectacles Live et d'une tournée mondiale mettant en scène les principaux protagonistes de la série. Là aussi, les moyens sont démesurés: 130 personnes, huit semi-remorques de matériel, un écran LED de 240 mètres carré. 4500 kilos de confettis et vingt tonnes de pyrotechnie sont également prévus pour l'ensemble de la tournée. Vendredi dernier, le Palais 12 du Heysel était plein à craquer pour accueillir la troupe. Les petites filles hurlaient. Les parents assistaient dubitatifs au spectacle, se consolant en voyant le sourire béat de leurs têtes blondes. Mais les oreilles saignaient… Même si le playback était flagrant.

Du mal à personne

Sur scène, Violetta enchaîne les tenues, ça chante un peu, ça danse beaucoup, ça rejoue des saynètes de la série. C'est gentil, bien fait. Bien emballé. Le contrat est rempli. Les enfants sont heureux. Certes, on aimerait dire du mal, expliquer combien ce petit monde manichéen est possiblement dangereux pour nos petites filles. On aurait envie de leur dire que la vie, ce n'est pas que des vêtements flashy et des talons hauts. Mais la vérité est que Violetta ne fait de mal à personne. Lors de la courte conférence de presse, interrogée sur le pouvoir qu'elle possède en s'adressant chaque jour à quarante millions d'enfants aux quatre coins du monde, Martina Stoessel a répondu: "Je suis très fière de notre succès. Et très consciente de la responsabilité qui en découle. Notre message est de transmettre aux enfants des valeurs de famille, d’amitié, d’entraide. Mon envie est de leur dire que lorsque l'on tombe on peut toujours se relever. Et qu'il faut toujours lutter pour ses rêves ." C'est naïf, oui. Mais pas méchant.

Le problème n'est donc pas à chercher dans le contenu de la série mais bien dans l'addiction qu'elle provoque chez les très jeunes filles. Là, chaque parent devra gérer la situation en son âme et conscience, en se rappelant que les adultes que nous sommes se shootent aux zombies de Walking Dead, au pouvoir morbide de House of Cards ou aux macchabées des Experts. Il nous faudra donc trouver de bons arguments pour détourner intelligemment nos enfants d'une série juste optimiste où une jeune fille chante des chansons d'amour en espagnol. Chacun devra balayer devant sa porte. Et pardonner à ses enfants d'avoir mauvais goût. Car après tout, c'est un peu de leur âge. 

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