Vincent Cassel à confesse

Dans Le moine, il endosse la bure. Il a l’air calme et assagi. L’air seulement.

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La carrière de Vincent Cassel commence sur un malentendu. Les policiers présents lors de sa montée des marches à Cannes avec Mathieu Kassovitz pour La haine en 1995 décident de lui tourner le dos. Motif? Ils sont persuadés que ce film sur la jeunesse des banlieues va donner une mauvaise image de leur métier. Depuis son rôle explosif de Vinz, Vincent Cassel s’est assagi mais il reste une boule d’énergie. Après cette entrée fracassante dans le monde du cinéma, le fiston de Jean-Pierre Cassel enfile les rôles, comme d’autres des chaussettes. Mais avec frénésie. Car il aime expérimenter, sentir que ça bouge. Avec une préférence toujours avouée pour les tordus. Mais s’il se sent bien dans les rôles de tourmentés, sa vie, elle, a tout de la réussite insolente et tranquille.

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Vous qui ne tenez pas en place, comment avez-vous vécu cette vie de moine durant le tournage?
Vincent Cassel – Le plus difficile dans la vie, c’est d’aller contre sa nature (rire). Que ce soit pour me faire grossir dans Mesrine ou pour être immobile dans Le moine, ça demande des efforts. En l’occurrence, pour Le moine, tout était écrit à la virgule près et devait être respecté. Même si, cette fois, on ne m'a pas laissé ce que j'appelle "ma marge de manœuvre de comédien", je me suis vraiment amusé à le faire. Bon, après ça, entre les prises, il fallait que je relâche l’énergie accumulée pendant la journée. J’allais taper sur mes percus, courir ou sortir. C’est vital pour moi!

Pourquoi aimez-vous tant jouer les méchants?
Les mecs sympas, je m’en fous, concrètement. En plus, j’ai l’impression que les gentils, ça n’existe pas vraiment. Ce qui est intéressant, c’est justement les paradoxes dans lesquels on se retrouve bloqué. Par exemple, ce qui m’a attiré, chez ce moine, c’est sa volonté farouche d’être droit, fidèle à ses convictions et à sa foi. Il s’y attache tellement qu’à un moment, il en devient fou.

Lors de vos débuts au cinéma, dans La haine, des critiques ont dit: "quel mauvais exemple pour la jeunesse"…
C'était un bon exemple au contraire! Un des trucs importants avec l’arrivée de La haine sur les écrans français, c’était comme si tout d’un coup, on se rendait compte que cette jeunesse existait. On est arrivé à un moment encore fragile pour représenter ces jeunes des banlieues – ce terme m’énerve d’ailleurs -, mais on leur a quand même ouvert la voie pour exister au cinéma. En fait, j’ai très bien commencé! (Il se marre.)

Vous êtes un acteur engagé?
Pas du tout. Je m’en fous de la politique. Mon frère, par contre, c’est un mec qui prend tout ça très au sérieux.

Votre frère, votre sœur… Chez les Cassel, tout le monde est artiste. Comment ça se passe?
Contrairement à ce que je lis parfois, je n'ai pas du tout l'impression de leur faire de l'ombre. Mon frère Mathias a commencé avant moi, dans les années 80. Sous le pseudo de Rockin’ Squat, il a fondé le groupe de rap Assassin. C’est un musicien d’enfer, qui a des choses à dire. J’admire son indépendance. Quant à ma sœur Cécile, ça y est, elle commence à faire son trou. Elle vient de jouer dans une très belle pièce de Lars Norén appelée Le 20 novembre.

Très tôt, certains vous ont comparé au tout grand Patrick Dewaere. De quoi gonfler le cou…
Non, je n’en tire pas d’orgueil. La presse fait ses comparaisons, moi je m’en tiens à être moi-même. J’adorais Dewaere. Mais c’était un écorché vif, très mal dans ses basques, qui jouait comme si sa vie en dépendait. Tandis que moi, désolé de vous décevoir, je suis bien dans ma tête, je sais qui je suis et où je vais. Je joue des rôles, je fais de la production. Maintenant, je suis un entrepreneur dans le métier.

Cela a-t-il été difficile pour vous de vivre au nom du père?
Très franchement, non. C’est pour ma sœur Cécile que ça a été plus dur. Elle a dû passer après le père et les deux frangins. Je vais vous faire une confidence: même si j’aimais et j’aimerai toujours mon paternel comme un fou, la reconnaissance du père, je n’en ai jamais rien eu à battre!

Le moine
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