Veence Hanao arrête sa carrière…

Et ça nous ne fait vraiment pas plaisir! Le rappeur bruxellois auteur de deux excellents albums doit stopper ses activités musicales à cause de gros soucis de santé: il souffre d'acouphènes qui l'empêchent d'avoir tout simplement une vie normale. Retour sur un super gars et écoute de son dernier album.  Bon rétablissement Veence Hanao!

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Moustique a toujours soutenu la carrière du Bruxellois. A l'occasion de la sortie de son deuxième album, Luc Lorfèvre, notre spécialiste musical, l'avait à nouveau rencontré pour Moustique mais aussi pour "Accroches" la revue de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l'occasion de la sortie de son dernier album en 2013. Album à réécouter en fin d'article.

Le rappeur a annoncé la fin (temporaire?) de sa carrière sur son compte Facebook:

 

 

Le poète du bitume

Rappeur de l'ombre, il avait été révélé voici quatre ans avec Saint-Idesbald, un album aux ambiances casanières qui lui a pourtant ouvert toutes les portes. Avec "Loweina Laurae",  Veence Hanao impose définitivement un style singulier et une écriture sur le fil. Avec lui, le hip-hop du futur, c'est déjà aujourd'hui.

Luc Lorfèvre

Jo Dekmine, directeur du Théâtre 140 qui vous  a accueilli en résidence, dresse un parallèle entre votre écriture et celle de Leo Ferré, de Serge Gainsbourg ou encore d'Alain Bashung. Un beau compliment, non?

Veence Hanao:   Pour moi, c'est même hors propos. Ce sont des monuments qui sont définitivement hors d'atteinte. Si Jo Dekmine dresse un parallèle avec ces auteurs, c'est peut-être au niveau de la démarche partagée.  Comme Gainsbourg, j'adopte un ton parlé/chanté nonchalant dans mes interprétations. A l'instar de Ferré qui parvenait à vous faire suffoquer avec des textes s'étirant sur des chansons de six minutes, il m'arrive aussi de me laisser aller dans une écriture très dense. Et pour Bashung, le point commun est peut-être à chercher du côté de ma prose sombre.

Quel est le Même si Loweina Laurae n'est pas un album concept, je me rends compte que la thématique de la ville revient régulièrement dans mon propos. Alors que j'avais écrit Saint-Idesbald en m'isolant dans une maison du littoral, j'ai ressenti le besoin de rester à Bruxelles pour accoucher de ce nouvel album.  Tout étant attiré par les grandes mégapoles, je ne crois toutefois pas que l'être humain soit fait pour vivre longtemps dans un tel environnement. Dans Loweina Laurae, les protagonistes de mes chansons sont confrontés à la violence urbaine. Pas celle qui s'étale dans les colonnes de la DH,  mais bien une violence plus sournoise faite de contraintes pesantes, de pression et de schémas très rigoureux qui laissent finalement peu de place à l'épanouissement personnel.  Une chanson comme  Mickey Mouse parle clairement de ce sentiment d'aliénation.

fil rouge de Loweina Laurae?

Même si les héros de vos chansons vivent en ville, ils souffrent tous de solitude.

C'est ce que j'observe autour de moi. Beaucoup de gens disent avoir une vie sociale parce qu'ils ont plein d'amis sur Facebook ou qu'il envoie des tweets à la longueur de journée, mais le soir, ils se retrouvent seuls chez eux.

Dans la single Chasse et Pêche, vous chantez: "si ce n'est pas extrême, ça m'emmerde." C'est vrai?

C'est ce que j'observe autour de moi et c'est aussi un peu mon comportement. On vit dans une société où il n'y a plus de moyenne. Soit on bosse comme un malade, soit on glande. Soit on s'enferme chez soi le vendredi soir, soit on sort toute la nuit en profitant de tous les excès qui s'offrent à nous.

Votre projet artistique est aux frontières des genres hip-hop et chanson. C'est un handicap ou une force?

Je suis parfaitement conscient que mon projet n'est pas facile à vendre. Je suis un artiste indépendant issu de l'underground et je ne bénéficie pas de  la grosse machine promotionnelle d'une firme de disques. Et puis il  y a une nébuleuse autour de ce que je propose. Dans le milieu hip-hop, je suis "le mec qui pratique  du rap un peu spécial." Pour les amateurs de chanson française, je fais du hip-hop. Mais ce qui est très gratifiant, c'est de voir que tous les publics se mélangent à mes concerts.

Que vous est-il arrivé de plus beau après la sortie de votre album Saint-Idesbald?

Ayant l'habitude de rester confiné dans l'underground, j'ai particulièrement apprécié la visibilité que les médias m'ont offerte avec "Saint-Idesbald".  La rencontre avec Jo Dekmine du Théâtre 140 a été un grand moment. Il y  a eu aussi le festival du Printemps de Bourges où je représentais la Belgique dans la section Découvertes. Cette prestation m'a notamment permis de donner d'autres concerts dans le sud de la France.

Veence Hanao

Loweina Laurae

www.veencehanao.be

Autoprod./Are Music

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