Vanessa Paradis: « Mon métier me ramène à l’enfance. »

A quarante ans, l'ex-lolita signe un double album magistral orchestré à Bruxelles par Benjamin Biolay. Rencontre avec une star qui a toujours su mêler glamour et discrétion.

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Alors, heureuse?
Vanessa Paradis – Oui, heureuse et même radieuse. Pourquoi serais-je dans un autre état? "Love Songs" reflète parfaitement mon état d’esprit actuel. J’écris très peu moi-même et je dois donc m’appuyer sur d’autres auteurs. Il se trouve que je n’ai jamais reçu autant de bonnes chansons pour un album. La palette des styles musicaux n’a jamais été aussi variée, mais le fait que ce soit la même personne, Benjamin Biolay, qui les ait arrangées donne un sentiment de cohérence au projet. Je sais que c’est la crise du disque et que ce n’est pas le meilleur moment pour enregistrer un double album, mais je me voyais mal garder des morceaux pour les sortir plus tard.

A la sortie de "Divinidylle" en 2007, vous nous aviez dit que l’idylle en question qualifiait votre rapport à la musique et n’avait rien à voir avec votre vie privée. Comment comprendre "Love Songs"?
Alors là, c’est encore plus simple. Toutes les chansons de ce disque parlent de l’amour sous toutes ses formes. Les auteurs ne se sont pas consultés, certains textes sont arrivés dans mes mains il y a plus d’un an, je ne sais même pas s’ils ont été écrits en pensant à moi pour les interpréter ou s’ils traînaient au fond d’un tiroir, mais ils tournent tous autour du même thème.

La pudeur, on la lâche plus facilement devant une caméra ou derrière un micro?
Au cinéma, il y a l’envie de faire partie intégrante d’une histoire et de se mettre à son service. Je mets énormément de moi pour y arriver et, au bout de ce travail, j’éprouve un sentiment étrange car je ne parviens plus à faire la distinction entre le rôle que j’interprète et celle que je suis dans la réalité. En musique, j’ai la liberté de pouvoir choisir mes chansons. Certaines correspondent à ma personnalité, d’autres pas. Mais l’investissement est le même, je dois rentrer dans une histoire. Le problème, c’est que les gens font toujours une distinction. Au cinéma, ils savent que je joue un rôle, mais sur mes albums, ils pensent que je parle toujours de moi, alors que c’est loin d’être le cas.

La chanson Station Quatre Septembre, écrite par Benjamin Biolay, parle d’une rencontre amoureuse sur un quai de la RATP. Vous arrive-t-il encore de prendre le métro?
Non, mais je ne suis pas amnésique. Je sais ce que c’est que de croiser des regards sur un quai de métro. A mon âge, j’ai vu tellement de films et dévoré tellement de livres que je peux facilement me mettre à la place de gens qui vivent des situations qui ne me sont pourtant pas familières. Ce qui est fabuleux dans mon métier, c’est qu’il me ramène à l’enfance. Vous savez, quand on joue avec ses copines et qu’on distribue les rôles: "Toi tu seras la princesse, toi tu feras la sorcière…" On oublie alors qu’on est timide ou fragile pour se plonger dans la peau d’une autre. C’est ce que je fais avec "Love Songs". Dans une chanson de l’album, Les espaces et les sentiments, je dis: "L’amour, c’est retrouver toute son enfance." C’est vrai.

Qu’est-ce que Benjamin Biolay a de plus que Serge Gainsbourg, Lenny Kravitz ou M qui ont réalisé vos albums précédents?
Ce serait vache de dire que Benjamin Biolay a quelque chose de plus que tous ces grands talents avec qui j’ai eu la chance de travailler. Benjamin est différent, voilà. Il a suivi une formation musicale classique avec des cours de solfège, des premiers prix de conservatoire et tout ça, mais c’est aussi un fan de hip-hop et de rock. Collaborer avec lui, c’est être confronté à deux univers: réfléchi et instinctif. Il rédige en quelques minutes une partition pour un arrangement de violons et, l’instant d’après, il prend une guitare et se déchaîne comme un gamin sur un riff qui déchire.

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Interview complète dans le Moustique du 8 mai.

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