Une tortue belge donne le “la” de la 3D

Face aux requins américains de l’animation, un petit studio bruxellois
remet la 3D à flot. La preuve avec sa nouvelle vague, Sammy 2.

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Ne dites pas à Ben Stassen, fondateur et capitaine des studios d’animation nWave, que ses bureaux situés à proximité de la gare du Midi à Bruxelles vous font songer à une sorte de Pixar à la belge. Son éternel mélange de réalisme et de modestie le pousse à nuancer. “Nous produisons un dessin animé à la fois, dit-il.Sammy 2sort maintenant. Nous allons ensuite nous consacrer au projet suivant. Et ainsi de suite. Alors que chez Pixar, ils travaillent sur trois films de front. Un titre leur demandant en moyenne trois ans de travail, ils en sortent donc chaque année. Ils représentent une véritable
industrie. À côté d’eux, nous faisons figure de petits artisans.

 

De fait, quand on évoque le budget uniquement consacré à Rebelle (environ 150 millions d’euros), dernier-né de chez Disney/Pixar, Stassen remet les choses à leur place question épaisseur des portefeuilles. “Nos moyens sont nettement inférieurs, puisque l’on compte que Sammy 2 représente environ une enveloppe de 25 millions d’euros. Et, au niveau personnel, nous sommes à peu près 100 personnes. Alors qu’ils sont six fois plus nombreux aux États-Unis. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

 

Il n’empêche! nWave a su tirer parti de ses relatives faiblesses. Cette structure relativement réduite possédantdeux énormes avantages sur les géants américains
du dessin animé, Pixar ou DreamWorks: sa réactivité et sa créativité. “Comme nous sommes relativement peu nombreux, nous pouvons donc nous adapter plus vite aux nouvelles tendances du marché. Voire agir carrément en précurseurs. Et c’est bien cette souplesse qui nous a permis d’être pionniers en matière de films en 3D.”

 

Car le pétillant Stassen voit depuis longtemps l’avenir en trois dimensions. Il a par exemple réalisé une série de documentaires animaliers dans ce format voici plus de cinq ans. Avant Fly Me To The Moon (2008), premier film d’animation au monde pensé exclusivement pour une vision en trois dimensions. Ensuite, les studios ont continué à surfer sur leur vague. Avec le premier volet des aventures de Sammy (2010), et le deuxième qui sort ce mercredi.

 

Mais cette suite très réussie débarque évidemment dans un contexte qui n’a plus rien à voir avec celui qui a vu naître le premier volet. Les films en relief se sont multipliés depuis, hélas souvent dans le genre vite faits mal faits. Preuve que les grands studios, appâtés par les gains potentiels (les places pour des projections en 3D se vendent en moyenne 4 € plus cher), n’ont pas compris qu’il valait mieux un long métrage en 2D qu’une solide conjonctivite. Le summum du bâclage étant atteint par des désastres comme Le Choc des Titans, retravaillé artificiellement à quelques semaines de sa sortie pour afficher un semblant de 3D. Voire par un premier volet de Star Wars dont les grandes manœuvres reliftées en début d’année ont surtout accouché de petites escarmouches épicières à l’ombre de l’Étoile noire. “C’est clair que des exemples de ce genre n’ont pas donné envie aux spectateurs
de rééditer l’expérience de la 3D. Et c’est dommage”
, se lamente Stassen.

 

Depuis, heureusement, certains réalisateurs ont saisi que cette dimension supplémentaire devait se manipuleravec précaution. Martin Scorsese nous le confirmait en décembre dernier, lorsqu’il évoquait son joli Hugo Cabret entièrement en relief: “Le plus compliqué n’est pas de réaliser en 3D mais de penser en 3D, expliquait-il.C’est-à-dire d’imaginer une histoire qui va tirer parti du relief. Si un réalisateur ne voit pas en quoi cette troisième dimension donnerait un film plus intéressant, le mieux est qu’il s’abstienne.

 

Message parfaitement reçu par Christopher Nolan, réalisateur du nouveau Batman The Dark Knight Rises.Mes deux précédents épisodes de Batman étaient dans une 2D tout ce qu’il y a de plus traditionnel.
Et je ne vois pas en quoi le relief aurait donné un troisième volet plus prenant pour le spectateur. Je n’ai pas encore étudié les possibilités de la 3D d’assez près pour voir quel potentiel je pourrais exactement en tirer.

 

Ce qu’il faut avant tout, c’est présenter le relief
au spectateur comme un nouveau langage
, prêche Stassen. On me parle souvent d’Avatar. Mais ce film s’avère plus révolutionnaire au niveau des technologies digitales que dans celles du relief. Je résumerais
en disant que c’est un bon film en 2D qui possède quelques excellents moments en 3D. Mais sans plus.”
La recette ultime de la bonne 3D, alors? Plus simple
à énoncer qu’à mettre en pratique: “Favoriser l’immersion du spectateur et non le jaillissement des objets.” Et à ce petit jeu-là, Sammy 2 réalise évidemment des prouesses. Parce que, maligne, l’histoire se déroule en grande partie sous le niveau de la mer. Ce qui facilite naturellement l’immersion. Puisque la salle fait alors presque office d’aquarium. Et que les spectateurs deviennent, eux, des plongeurs, évoluant dans ce magnifique dessin animé. Qui constitue sans doute la toute bonne prise de cette fin d’été ciné pour occuper les plus petits. 

Sammy 2 (3D)

Réalisé par Ben Stassen
& Vincent Kesteloot. 

Avec les voix originales de Franck Dubosc, Fred Testot, François Damiens – 92’.

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