Un week-end musical de folie

Les concerts d'Arctic Monkeys et de Bob Dylan affichaient complet à Forest National tandis que 30.000 fêtards s'éclataient  à I Love Techno. On y était et on vous résume tout ça.

937633

#1 Samedi soir à Bruxelles: Arctic Monkeys

L'époque (2006) où la formation de Sheffield balançait dans une Rotonde (Botanique) surchauffée ses chroniques quotidiennes avec totue sa désinvolture post-adolescente  est désormais révolue. Avec "AM", dernier album réalisé à Los Angeles où son leader Alex Turner vit désormais, les Arctic Monkeys signent sans doute leurs plus belles chansons et confirment leur ambition de passer à l'échelon supérieur. Mais comme chez leurs potes de The Black Keys et Queens Of The Stone Age qui ont suivi cette même tendance à fédérer le plus grand nombre, il y a un prix à payer. Leur rock est désormais carré, leur setlist parfaitement huilée et le show adapté pour les grosses configurations. Il y a même deux musiciens supplémentaires tapis dans l'ombre qui sont là pour ajuster le jeu et permettre au bel Alex d'assurer pleinement son rôle star dans son look rockabilly.  Bref, c'est un peu trop propre à notre goût. Les grands morceaux sont là  (I Want It All, One For The Road, I Bet You Look  Good On The Dancefloor, Old Yellow Bricks), certes,  mais on y perd un peu en spontanéité et en urgence. Deux qualités qu'on a appréciées, par contre, chez les Strypes qui ont assuré la première partie.  La formation irlandaise a pour une fois justifié la hype qui la précède avec un set de 45 minutes bordélique, électrique et fortement influencé par les sixties. "Snapshot", leur premier album, sera enfin distribué chez nous en janvier prochain. On en reparlera.

Samedi soir à Gand: I Love Techno

En zappant les ultimes salves d'Arctic Monkeys, on a réussi à arriver juste à temps à Flanders Expo pour assister à la fin de la prestation -euphorique- de Disclosure et à celle de Gessafelstein. Star incontestable de cette édition d'I Love Techno dont il a aussi signé le mix de la compilation double CD, le nouveau prince de la french touché a mis tout le monde d'accord avec un live décapant où les effluves d'electro body music se malaxait à la techno ligne claire de Detroit. Même si I Love Techno n'affichait pas sold-out cette année,  on peut parler de gros succès avec plus de 30.000 noceurs et une affiche qualitative.  Habitué des lieux, Laurent Garnier a sorti un grand numéro avec un set de deux heures d'une rare intensité. Toujours en mouvement, Garnier a l'intelligence de se renouveler dans ses mixes sans jamais tomber dans le jeunisme et l'opportuniste.  Très attendu sur foi de leur dernier et cinquième album "EVE", Walter Merziger et Arno Kammermeier de Booka Shade ont suffisamment de flair et d'expérience pour savoir quelle est l'heure de danser et celle de chiller. Avec leur techno bien dosée, leur house câline et quelques samples bien appuyés (le sample de Many Rivers To Cross de Jimmy Cliff sur Many Rivers, le duo a étalé toute son élégance.

Ah oui, en lever de rideau d'I Love Techno, les Redbull Elektropedia Awards ont couronné sans surprise Stromae dans les catégories "artiste de l'année" et  "meilleur album" pour "Racine Carrée".  Dimitri Vegas et Like Mike ("Meilleur DJ"), les surfaits Goose ("Meilleure performance live"), Netsky ("Meilleur single" avec We Can Only Live Today (Puppy)" et le Tomorrowland ("Meilleur festival") ont également été plébiscités.

#3 Dimanche soir à Bruxelles:  Bob Dylan

Changement d'ambiance vingt-quatre heures plus tard à Forest National avec le concert de Bob Dylan. Alors qu'on se prend une bière avec un collègue sur les trottoirs frigorifiés menant à Forest, deux ados nous répondent  très fièrement "Mais oui, nous sommes super fans!" quand on leur demande s'ils se rendent au concert de Bob Dylan. Deux heures plus tard, c'est un papy à la chevelure grise qui éclate  littéralement en sanglots quand le Zimm chanté "All Along The Watchtower" en rappel.  Oui, à 72 ans, Dylan séduit plusieurs générations et reste un monument bien vivant. L'homme monte sur scène pile à l'heure (et tant pis pour les retardataires), impose un entracte comme au bon vieux temps et se produit devant un grand drap noir. Comme chez Springsteen ou Pearl Jam, l'essentiel est dans la musique et ce dimanche, Dylan nous a agréablement surpris. C'est la première fois depuis très longtemps qu'il insiste à ce point sur sa dernière production discographique. Il offre en effet pas moins de six extraits de "Tempest".  Autre nouveauté par rapport à ses récentes prestations: s'il joue toujours du piano debout ("quand les trouillards sont à genoux"), il vient aussi régulièrement devant la scène pour chanter et souffler dans son harmonica.  Entouré de Tony Garnier (basse), Georges Recile (batterie), Stu Kiball (guitare rythmique), Charlie Sexton (lead guitare) et de Donnie Herron (banjo, pedal steel), Dylan exhume des titres obscurs de sa discographie (Forget Full Heart et Beyond Here Lies Nothin' extraits de "Together Through Life"), mais va puiser dans son chef-d'œuvre "Blood On The Tracks" (Simple Twist Of Fate, Tangled In Blue)  sans oublier donc  deux hymnes (All Along The Watchtower et Blowin' In The Wind) en rappel. Un son de velours, des interprétations habitées et une musicalité profonde. Du grand Dylan….

Le setlist

Things Have Changed

She Belongs to Me

Beyond Here Lies Nothin'

What Good Am I?

Duquesne Whistle

Waiting for You

Pay in Blood

Tangled Up in Blue

Love Sick

Intermission

High Water (For Charley Patton)

Simple Twist of Fate

Early Roman Kings

Forgetful Heart

Spirit on the Water

Scarlet Town

Soon after Midnight

Long and Wasted Years

Rappel:

All Along the Watchtower

Blowin' in the Wind

Sur le même sujet
Plus d'actualité