Un soir avec… Geluck, l’homme à la tête de Chat

Si vous avez moins de 28 ans, vous l'avez toujours connu. Son costume trop grand, ses humeurs de comptoir, sa présence dans Le Soir ou dans la presse française.

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Si vous avez moins de 28 ans, vous l’avez toujours connu. Son costume trop grand, ses humeurs de comptoir, sa présence dans Le Soir ou dans la presse française.

En 2008, le Chat de Philippe Geluck fêtait son quart de siècle. Un anniversaire célébré avec faste – notamment par une grande expo au Salon du livre de Paris – qui est l’occasion de revenir sur un incroyable phénomène éditorial, fruit d’un curieux binôme auteur/créature comme seule la Belgique semble capable d’en produire.

Dans L’homme a la tête de Chat, documentaire réalisé pour cet anniversaire (et déjà diffusé en son temps sur la RTBF), la réalisatrice française Bérengère Casanova remonte à la genèse de l’aventure. Quand Geluck n’avait pas encore conquis le Tout-Paris de la télé, de Laurent Ruquier à Michel Drucker. A l’époque, le Chat ne souffrait pas de l’embonpoint certain qu’on lui connaît aujourd’hui. Il n’était qu’un obscur héros de strip, créé pour animer les articles du supplément loisirs d’un quotidien bruxellois. Dans son atelier, à la rédaction du Soir ou dans les couloirs de l’expo parisienne, Geluck raconte la saga de cet animal à la langue bien pendue, ses débuts hésitants, ses changements de morphologie, les drôles de relations qui les lient. Et comment la France, après son pays natal, succomba à cet humour pourtant tellement belge.

Grâce aux interventions du très bédéphile critique d’art Pierre Sterckx ou du philosophe Michel Onfray, L’homme à la tête de Chat rappelle surtout ce que tout lecteur avait compris sans jamais réussir à le verbaliser: aux confins de la BD et du dessin de presse, le Chat n’est pas un objet littéraire comme les autres. Année après année, gag après gag, le personnage de Geluck a appris à jongler avec tous les codes de la narration, les découplant jusqu’à l’extrême. En résulte une véritable farce philosophique qui dénonce l’absurdité du monde et déconstruit le réel, comme le rappelle Onfray et que soulignent à leur manière d’autres célèbres admirateurs: Isabelle Mergault, Laurent Baffie…

Aujourd’hui, 600.000 exemplaires des albums du Chat sont écoulés chaque année. Il surplombe la petite ceinture de Bruxelles, a été statufié, connaît les joies du merchandising et bientôt celles du dessin animé… Son paternel, qu’on devine presque jaloux du succès de son rejeton, n’en revient toujours pas. Mais il a une certitude: comme pour le Tintin d’Hergé dont il fut le voisin, Geluck refuse de voir un autre dessinateur lui succéder. Le jour de sa mort, on pleurera deux fois dans les chaumières.
Damien Bodart

27 janvier: 21h40 FRANCE 5 Un soir avec… Geluck, l’homme à la tête de Chat

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