Un monde parfait

Une semaine plus tard, j’en suis encore tout chose. Quand on pense qu’on avait depuis vingt ans un roi parfait et qu’on ne le savait que trop peu! Subitement, depuis ce 3 juillet 2013, jour historique d’abdication annoncée, le règne d’Albert II est devenu, comment dire? Oui: parfait.

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Des heures et des heures et des heures d’antenne, de commentaires, d’interviews et de micro-trottoirs pour nous dire, nous répéter et nous re-re-répéter à quel point Albert aura été clairvoyant, sympa, intelligent, judicieux, courageux… (Je laisse un peu de place si vous voulez compléter: . . . . . .). Pendant vingt ans, notre roi parfait a tout bien signé les lois comme on le lui demandait: parfaitement.

En 2011, après 541 jours de crise, c’est même lui tout seul qui a sauvé le pays de la déglingue. Si, si, parfaitement! Et quoi, Albert II n’aurait pas eu une toute ch’tite anicroche, commis une mini-maladresse ou un riquiqui de faux pas en vingt ans de règne? Rien! D’ailleurs, depuis mercredi dernier, il est malpoli de rappeler qu’au début des années 2000, Albert a fait le forcing pour qu’Astrid et Laurent obtiennent une dotation, et que ce système inepte de dotations a pourri l’atmosphère durant plus de dix ans.

Très bien, les dotations! Et Delphine? Quelle Delphine? A la radio, en plein orgasme royal, j’entendais un malotru tenter de placer que, quand même, renier un gosse faisait un peu tache sur un C.V. de roi parfait. Heureusement, dans le studio, ce gougnafier a été prestement remis à sa place par le journaliste-présentateur: teu-teu-teu, c’est du privé, ça! Et puis, ça gâchait la belle ambiance. Donc tout bien, Albert.

Et le pied, c’est que ça va continuer: Philippe sera lui aussi un roi parfait. Les experts en royeusetés, les politiques et même les gens dans les rues le savent déjà: Philippe, comme son père, comme son oncle et comme (presque) tous les autres avant lui, sera nickel-chrome! C’est génétique: quand ils sont princes, ils sont bof-bof, les Saxe-Cobourg.

Mais le jour où ils deviennent roi, ploups!, il se passe un truc chimique qui fait crac-boum-hue, et ils deviennent géniaux! Dans le cas de Philippe, ça saute littéralement aux yeux: depuis qu’on sait qu’il montera sur le trône le 21 juillet, le prince gauche, renfrogné, triste et neuneu est tout subitement devenu un futur roi Philippe Ier trop cool et méga-compétent, voire ultra-sexy, si pas humoriste. D’ailleurs, on le voit bien dans sa "nouvelle communication". Tout de go, Philippe n’est plus le même homme.

Sur les photos spontanées prises sur le vif dont nous inonde soudainement le Palais, on le voit boire des coups avec un paysan, jouer à Hercule avec ses enfants sur un tronc d’arbre, ou même faire des papouilles à sa chérie. C’est dire si Philippe sera un grand roi. Et Mathilde, une grande reine, ça va sans dire.

D’ailleurs, les plus grands spécialistes de notre Royauté, genre Armand De Decker ou Francis Balace (les mêmes qui avaient moqué les fantasmes de cette imbécile de presse qui prévoyait une abdication d’Albert), eh ben ils n’ont "aucun doute" là-dessus: le nouveau roi et la nouvelle reine seront "parfaits". Le bonheur absolu, quoi. D’ailleurs, un moment, j’ai dû fermer la télé et couper la radio, de peur d’être étouffé par tout ce bonheur. A force, trop de bonheur pourrait tuer le bonheur. Ce serait bête.

vincent.peiffer@moustique.be

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