Un enfant à tout prix

Salon Baby Days à Liège, Salon Babyboom à Bruxelles... Ces temps-ci, les bébés sont partout. Pourtant, aujourd'hui, de plus en plus couples galèrent pour concevoir. Résultat, les enfants arrivent par de nouveaux moyens, et on ne devient plus parents comme avant. Témoignages.

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Ce week-end des 14 et 15 mars, aux Halles des Foires de Liège, se tiendront les Baby Days, puis il y aura le salon Babyboom au Palais des Expositions de Bruxelles, du 27 au 29 mars. On y croisera de jeunes parents, de futurs parents et peut-être aussi des "parents" en attente… Car, à côté des enfants bien réels, qu'on y promènera dans les poussettes et dans les ventres, d'autres bambins se contentent pour l'instant de remplir (et parfois de hanter) le cœur de très nombreux couples chez qui la cigogne refuse de passer. Le désir d'enfant plus tardif, les nouvelles formes de parentalité (mamans solo voulues, couples homos) et une baisse de la fertilité font qu'aujourd'hui un couple belge sur cinq consulte parce qu'il ne parvient pas à avoir d'enfant, qu'un couple sur dix est suivi pour infertilité et qu'un enfant sur 12 naît avec le coup de pouce d'un traitement de fertilité!

Heureusement pour eux, notre pays est à la pointe en matière de procréation médicalement assistée (PMA): inséminations artificielles, fécondations in vitro (voir p. XX) et même mères porteuses (voir p. XX). Malgré ces portes ouvertes par la science, la lourdeur des démarches et la maladresse de leur entourage "fécond" transforment souvent pour les futurs parents le désir d'enfant en parcours du combattant. Autant dire que Le guide des couples infertiles (Ker Editions, 2015), qui sort mercredi prochain (18/3), devrait en intéresser plus d'un. Tout comme les rencontres organisées avec ses deux auteurs, Audrey Leblanc et Audrey Malfione, aux librairies UOPC d'Auderghem le 17 mars et la Licorne à Uccle le 18.

Une souffrance indicible

L'occasion de parler librement, entre gens concernés, de ce sujet délicat. Car les femmes enceintes ou les gens fertiles "ne peuvent pas comprendre" souligne Audrey Malfione. Ce livre bien documenté (notamment sur la situation en Belgique) est écrit sur un ton drôle-amer qui donne par moments l'impression que, quand on galère pour concevoir, on en veut à la terre entière. "Le cynisme, le sarcasme, ça permet d'exprimer sa tristesse, son envie face aux autres couples, ses sentiments les plus moches",reconnaît Audrey Malfione, elle-même victime de la situation. Car à en croire les auteurs, le quotidien des gens infertiles est jalonné d'innombrables petites violences insoupçonnées et souvent involontaires: une amie qui annonce sa grossesse, la belle-mère qui demande "Et vous deux, c'est pour quand?"…

"On est sans cesse confrontés à des phrases toutes faites, à des mythes du genre "C'est dans la tête!", qui font terriblement mal ,dit Audrey Malfione.C'est déjà un échec personnel. Mais si en plus les gens vous assènent leurs conseils, leurs reproches, leurs méconnaissances…" Au point que certains inféconds hésitent à faire le "coming out". Pourtant, cette "souffrance indicible des femmes infertiles demande beaucoup d'empathie de l'entourage", souligne Monique Bydlowski, neuropsychiatre, qui a écrit Le désir d'enfant. "C'est une souffrance très particulière, dépressive, liée au fait de se sentir anormale. C'est le narcissisme qui est atteint. Elles deviennent mortellement jalouses des femmes enceintes autour d'elles, elles s'isolent",observe la psy. 

Et les hommes? Beaucoup seraient très impliqués dans la procédure. Certains ne loupent pas le moindre examen ou rendez-vous. Christophe, lui, se chargeait des injections d'hormones à administrer à Carinne, 44 ans, pendant leurs tentatives de fécondation in vitro. "Le désir d'enfant est plus viscéral chez la femme, estime-t-il. Elles en veulent un absolument. Pour nous, c'est peut-être moins indispensable. Quoique…" Même si ces messieurs se sentent concernés, les membres du couple ne sont pas égaux devant la PMA. Peu importe que l'infertilité soit d'origine féminine, masculine ou inconnue, dans les traitements, c'est essentiellement les femmes qui trinquent! "Je ne vous raconte même pas le déséquilibre quand la femme doit subir tous les traitements alors que l'infertilité est masculine", dit Audrey Malfione.

"Nous, on n'a pas grand-chose à faire, même si on stresse tout autant" , sourit Christophe, qui a tout de même dû encaisser les pleurs et sautes d'humeurs de Carinne, pendant le traitement hormonal. Dans tous les cas, la PMA est une épreuve pour le couple, obligé de se poser des questions qu'ils n'auraient jamais envisagées si l'enfant était arrivé tout de suite. "Quand le couple survit, on en sort plus forts, dit Audrey Malfione. Mais on se serait bien épargné cette aventure-là pour constater que notre couple est solide!"

On veut surtout être parents

Car devenir parent est plus que jamais une histoire de couple, même si le phénomène des "mamans solo voulues" se banalise (voir p. XX). "Etre parent est devenu une identité sociale en soi,estime Monique Bydlowski qui l'associe à la perte d'autres valeurs.On ne croit plus en Dieu, on n'a plus d'idéal politique. Alors qu'est-ce qu'on veut? Etre parent! Ce n'est pas un désir d'enfant, c'est un désir de devenir parent. Parce qu'on a le sentiment que si on est parent, on existe." La neuropsychiatre, sévère, estime d'ailleurs que nombre d'enfants sont les "grands oubliés" de l'affaire. Elle parle de bébés "sur mesure", d'enfants réels qui ne ressemblent pas à celui qu'on avait rêvé pendant des années, de bébés qui viennent bouleverser les habitudes de couples installés ensemble depuis dix ans.

La suite du dossier dans le Moustique du 11/03/2015.

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