Ultra-top-top-top managers

Alors donc, ça existe, les gens irremplaçables? Les Mozart du top management? Les Messi de la gestion d’entreprise? Oui, parce que le gouvernement a enfin choisi ses futurs top managers des grandes entreprises publiques.

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 Pas facile. Surtout que, cette fois, promis juré, on allait faire ça en toute indépendance (politique). Pour ce faire, on a consulté (et payé un avion) des chasseurs de têtes qui ont auditionné, re-re-et-re-auditionné des candidats afin de remettre une "short-list" des meilleurs CEO possibles. Et donc, en toute logique, le nouveau méga-boss désigné de la SNCB, Frank Van Massenhove… n’est pas sur cette "short-list". En revanche, c’est un très fidèle serviteur du SP.A. Tout comme Jannie Haek, qui glisse de la SNCB-Holding vers la Loterie nationale. Le nouveau boss de Belgocontrol, Johan Decuyper, est tout aussi logiquement l’actuel chef de cabinet (CD&V) du secrétaire d’Etat Hendrik Bogaert. Et donc, je me demande si je ne vais pas faire chasseur de têtes pour rire au service du gouvernement, moi. Autour d’un bon Orval-Chipitos, j'auditionnerai ma cousine Ginette, mon pote Olivier, mon beauf Jean-Luc, ma tante Betsy et quelques voisins, je remettrai ma short-list à Elio & Co, qui n’auront même pas besoin de la lire (je ne serai pas vexé), pourvu qu’ils s’acquittent de mon énorme facture dans les 30 jours fin de mois. Je vais y réfléchir.

Où en étais-je? Oui, aux irremplaçables. Parce que le gouvernement n’a pas fait que désigner. Grosse nouveauté: il a aussi limité les salaires des dirigeants des entreprises publiques à 290.000 euros brut par an. Pas un cent de plus que le salaire de notre Premier ministre Papillon! Enfin, si. Il y aura des mini-exceptions. Certaines rémunérations pourront être majorées de 10 % "en fonction du nombre de membres du personnel de l’entreprise ou de l’institution, de la position concurrentielle ou d’éléments exceptionnels". Donc toutes, quoi. Mais allez, on disait que 29.000 euros de plus (salaire annuel brut d’un instit), c’est de l’ordre de la broutille. Et puis, 290.000 + 29.000, ça fait 319.000 euros pour le nouveau patron de la SNCB, donc plus que les dotations de Laurent et Astrid. Qui, pourtant, assument d’immenses responsabilités. Restent les deux super-méga-exceptions, qui ne sont pas du tout concernées par cette limitation. Le patron de bpost, Johnny Thijs, gardera son 1,1 million annuel. Et, bien sûr, le sympathique CEO de Belgacom, Didier Bellens, continuera d’engranger ses 2,48 millions. Mais c’est parce que, eux, ce sont des ultra-top-top-top managers. Pas bêtement des top managers comme Frank Van Massenhoven, qui est une clette de CEO, à côté. C’est bien simple: s’il arrivait un pépin à Bellens (ou qu’il décide d’aller élever des chèvres en Ardèche – je rigole), eh bien Belgacom fermerait boutique. Si! Plus de téléphone, plus de communication GSM hors de prix, plus de Belgacom TV, des milliers d’emplois perdus, plus rien! Parce que Didier est simplement irremplaçable! Il n’existe qu’un patron possible à Belgacom, à tout jamais: Di-dier Bel-lens! Et donc Didier, quand le gouvernement lui dit: tu ne gagneras plus deux briques et demie mais 290.000 euros, lui il peut répondre: non, je garde tout. Et au gouvernement, ils doivent dire: ah bon…

 

vincent.peiffer@moustique.be

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