Twitter: Les stars à portée de mots

En se lâchant sur le réseau social, Maurane démontre qu'aujourd'hui les célébrités semblent plus que jamais accessibles au grand public. Pour le meilleur et pour le pire.

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"En regardant votre photo de profil, je me dis que la jalousie, c'est vraiment con." Ce commentaire posté sur le réseau social Twitter – un demi milliard d'utilisateurs, dont un million de Belges – n'est pas l'œuvre d'une adolescente vexée, mais bien de notre Maurane nationale. Une remarque un brin mesquine suivie rapidement d'un "Je ne respire pas les poubelles" lâché après la petite pique d'une internaute, Valérie de Pever, toujours sur Twitter: "Si toi aussi tu en as déjà marre d'entendre la pub de Weight Watchers & @Mauraneofficiel lève la main! Lol." En cause, la diffusion (trop) intensive d'une publicité où la chanteuse vante les mérites du programme de régime qui l'a aidée à se délester de 22 kilos.

Pas de quoi casser trois pattes à un petit oiseau bleu… Pourtant, en deux temps trois mouvements, la twittosphère s'est déchaînée comme une hyène sur un bout de viande, outrée par la réaction sanguine de la jurée de la Nouvelle Star. Relayé sur les sites d'informations puis par la radio, la télé et la presse, le tweet a pris de telles proportions, que Valérie de Pever a été submergée de demandes d'interviews.

Quant à Maurane, elle s'est excusée publiquement et a même proposé une rencontre de réconciliation avec la jeune femme. " C'est tombé sur Valérie, parce que c'était le millième tweet que je recevais à propos de cette publicité. Je me suis énervée gratuitement sur cette femme, a-t-elle confessé au micro de VivaCité. Je suis dépassée par tout ça. J'ai l'impression d'avoir commis un crime, d'être le diable. Pourtant, mes dérapages c'est de la petite bière à côté de ce que d'autres balancent… Je suis trop impulsive et j'accorde trop d'importance aux tweets. Je ne suis pas en béton armé et les insultes me touchent. Je suis désolée si j'ai fait du mal à Valérie."

Zéro distance

Mais le mal est fait et le web ne s'en remet toujours pas. C'est qu'on n'a pas l'habitude qu'une star se lâche en passant à côté du filet de sécurité qu'est l'attaché de presse. Pourtant, la règle est tacite: en s'exposant, la célébrité s'offre en pâture aux remarques positives comme négative du grand public. Comme on dit depuis toujours, on ne peut pas plaire à tout le monde… Mais Twitter a changé la donne. Fantastique outil de promotion personnelle, le réseau social offre aux personnalités la possibilité de clamer haut et fort en 140 caractères maximum ce qu'elles ont sur le cœur. Et surtout de communiquer directement avec leurs fans et… leurs détracteurs. Des écrits poids plume souvent lourds de conséquences.

"L'arrivée de la communication à distance, et donc des mails et des réseaux sociaux, a chamboulé les règles de communication," explique Marc Lits, directeur de l'Observatoire du récit médiatique (UCL). Ils entretiennent une confusion évidente dans la hiérarchisation de la société et abolissent la distance entre les gens, de telle sorte que tout un chacun pense qu'il est ami avec les personnes avec qui il communique. Par exemple, mes étudiants pensent que je suis disponible 24h/24 par mail, alors qu'ils n'oseraient pas me téléphoner."

Sur Twitter, tout se passe en direct. Dans ces conditions, difficile de ne pas accorder de crédit à ce qui se dit sur soi. Maurane l'a bien compris et accorde 79 % de ses tweets pour répondre à ses followers (comprenez ses abonnés). Elle s'était d'ailleurs déjà fendue d'un commentaire très classe – "La grosse vache t'encule à sec avec du papier de verre, du tabasco et un filet de citron" – après la remarque désobligeante d'un fan de Michaël Vendetta. Qui peut l'en blâmer? Comment garder son sang froid face aux critiques houleuses des internautes? Comment réprimer l'envie, très humaine finalement, de mordre à son tour?

Quart d'heure de gloire

"Sur Twitter, les internautes se croient tout permis, ils écrivent en gras sur la toile ce qu'ils n'auraient exprimé avant que dans leur sphère privée. Sauf qu'ils mentionnent la personne impliquée, qui est donc directement alpaguée, constate Marc Lits. "es mêmes personnes n'oseraient sans doute jamais déclarer en face ce qu'elles affirment sur les réseaux sociaux. Ou alors elles tourneraient leurs dires différemment." Et si certains utilisateurs s'expriment maladroitement, sans but précis – probablement comme la jeune bloggeuse Valérie de Pever -, d'autres le font délibérément pour se faire mousser. "Ils s'offrent une visibilité, s'adonnent à la surenchère en permanence pour obtenir à leur tour le fameux quart d'heure de gloire."

Un ramasseur de balle en Angleterre vient de faire polémique à ce sujet. Recevant un coup de pied du joueur Eden Hazard lors d'un match, le jeune homme a vu grimper ses followers de 807 à 80.000 d'un seul coup. Le hasard? Apparemment pas, la "victime" avait annoncé avant la rencontre qu'il ferait tout pour que son équipe gagne du temps: "Le roi des ramasseurs de balles est de retour" #gâcheur de temps."

Mais si le réseau social est pratique et permet de montrer, pour les hommes politiques notamment, qu'on est au fait des nouvelles technologies et donc à même de séduire un public jeune, encore faut-il en comprendre le fonctionnement. "Maurane a saisi qu'il ne suffisait plus de sortir un disque pour exister, note Marc Lits. Mais elle ne prend pas la distance nécessaire. Elle joue sur deux niveaux, le privé et le public, sans respecter les règles du jeu. Elle se place elle-même d'égal à égal avec ses fans et donne une fausse impression pour ensuite le regrette. Pour que ça marche, elle doit apporter de l'info sans se décrédibiliser."

Les professionnels du marketing l'ont bien compris et prennent (ou reprennent) en main les comptes Twitter des célébrités. Sauf rares exceptions, les Lady Gaga, Britney Spears et autres grosses pointures du showbiz ne s'adressent pas (ou plus) en direct à leur public. Présenté comme un grand laboratoire de la communication, Twitter semble donc rattrapé par la tradition mercantile. On dira que cela fait aussi partie de la révolution numérique.

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