Tueries du Brabant: les pistes les plus sulfureuses

En trente ans d'enquêtes, d'innombrables pistes ont été suivies. Ou non. Voici les plus sulfureuses.

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1. L'extrême droite

Pour une grande partie de l’opinion de "gauche", relayée par la presse et par des personnalités du barreau comme Me Graindorge, cela ne fait aucun doute: les tueries du Brabant wallon sont l’œuvre de l’extrême droite.

Plusieurs éléments viennent étayer cette possibilité. Le mode opératoire est de type militaire, or des milices paramilitaires, il en existe à l’époque dans les milieux d’extrême droite. Et puis, les forces de l’ordre, lorsqu’elles ont été au contact direct des tueurs, ont eu l’impression d’avoir affaire à des soldats, voire des collègues.

Ainsi, lors du cambriolage du Colruyt du 17 septembre 1983, les tueurs ne se sont pas contentés d’échapper aux gendarmes qui les poursuivaient: ils leur ont tendu une embuscade digne de celle qu’on apprend dans une école d’infanterie. L'extrême droite aurait ainsi voulu préparer un coup d'Etat en déstabilisant la Belgique par des attaques sanglantes. Pourtant, les enquêteurs n'ont (encore?) trouvé aucun élément entre les milieux "noirs" et les tueries.

2. Les cadavres exquis

Les "cadavres exquis", dans le langage policier, désignent une stratégie de camouflage: tuer un maximum d'innocents alors qu'une seule personne est visée. Pour brouiller les pistes. Cette stratégie a peut-être été utilisée lors des tueries, certains éléments tendent à le prouver.

Le taximan de Mons, le concierge de l'Auberge des Chevaliers, le couple du Colruyt de Nivelles et le patron de l'Auberge des Trois Canards ont été tués sans raison apparente lors de la vague de 1983. Les autres attaques ont-elles été commises pour égarer les enquêteurs? C’est possible et cela pourrait expliquer les tueries de 1983.

Pour celles de 1985, c’est plus difficile mais des faits troublants viennent étayer cette théorie d’exécutions ciblées camouflées par d’autres massacres. Ainsi lors des attaques de 1985, un indicateur de la police, un supposé trafiquant de diamants (mais rien ne le prouve) et un membre de la famille du procureur du Roi qui dirigeait l’enquête sur les tueries du Brabant wallon trouvèrent la mort. Coïncidences?

3. Le racket mafieux

Sur vingt-huit victimes, seize trouvèrent la mort dans un Delhaize. Il n’était donc pas sot d’imaginer que l’enseigne était visée spécifiquement. Chantage ou atteinte délibérée à l’image? Les deux thèses se complètent.

D’abord, en 1982, deux membres du conseil d'administration de la firme auraient fait travailler des prostituées dans des établissements proches de la Gare du Nord de Bruxelles. La mafia a réagi en engageant les tueurs pour qu’ils fassent peur à ces deux administrateurs. Toutes les autres attaques de 1983 n'auraient été menées que pour faire diversion.

Ensuite, l’enseigne belge a des succursales aux Etats-Unis. Et elle les vend. Delhaize n'aurait pas respecté certaines clauses lors de cette vente. La mafia américaine aurait alors engagé des tueurs pour que Delhaize leur paie une somme importante. Ce que la chaîne aurait accepté après l’attaque d’Alost. La mafia aurait alors mis fin au contrat des tueurs.

4. Les prémices de l'affaire VDB

Certains milieux proches de l’enquête, policiers, avocats, journalistes ont livré leur conviction: l'ex-Premier ministre Paul Vanden Boeynants est mouillé, voire responsable des tueries du Brabant wallon. Tout repose sur un élément clef: les époux Fourez-Dewit, abattus lors du "cambriolage" nocturne du Colruyt de Nivelles, étaient des proches du "vieux crocodile".

Et l’auraient fait chanter à propos de terrains que le ministre aurait acquis frauduleusement. Selon cette théorie, VDB n'aurait pas cédé et contacté Robert Beijer et Madani Bouhouche, deux ex-gendarmes d’élite pour qu’ils fassent taire les maîtres chanteurs. Beijer et Bouhouche se seraient alors emparés des preuves détenues par le couple et auraient voulu faire chanter à leur tour le célèbre politicien, mais pour beaucoup plus d’argent.

Celui-ci n’obtempérant pas, ils auraient alors organisé la campagne de terreur des tueries pour faire fléchir VDB qui, en raison de ses accointances avec la droite de la droite, paraissait un commanditaire plausible. Il aurait accepté de payer moyennant une exigence: qu’on l’enlève quelques années plus tard, la "rançon" faisant office de paiement. Patrick Haemers, son ravisseur, a par ailleurs été fortement suspecté d’être le "géant" des tueurs… Troublant.

Dans le Moustique de cette semaine: le témoignage des proches des victimes.

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