Tu ne mourras pas au nom d’Allah

Plus de 350 jeunes Belges sont partis se battre en Syrie. Mais sur le terrain, que font les autorités, les communes, les écoles, la communauté musulmane pour les en dissuader? Et qui sont ces mystérieux djihadistes dont le profil n'est pas celui qu'on croit?

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C'est une école secondaire de la Région bruxelloise où les profs et les élèves ont souvent l'accent du Sud. Comme dans n'importe quel établissement scolaire, quelques jours après la rentrée, tout n'est pas encore tout à fait à sa place. Mais, "inch Allah…", comme on dit ici dans la salle des profs, où a commencé le ballet quotidien des allées et venues, rythmé par la retentissante sonnerie égrenant les heures de cours. Et où nous nous préparons à tomber comme un cheveu dans la soupe. Ça, c'est bien les journalistes. Ils s'imaginent le monde entier les yeux rivés sur leur sujet d'actualité du moment. Aujourd'hui, ce sont les départs de jeunes Belges vers la Syrie, pour mener le djihad aux côtés des troupes de l'Etat islamique. Entre 350 et 500 auraient rejoint la cause au cours des deux dernières années, ce qui fait de nous le pays européen le plus touché par le phénomène avec le Danemark. Nous débarquons avec notre question. Nous en sommes intimement persuadé, elle est forcément essentielle dans cette école où l'on nous a invité à en débattre en nous précisant qu'elle était située dans un quartier "idéologiquement chaud": "comment les en dissuader?   

La première réaction qui fuse n'est pas celle qu'on attendait: "Ah? J'avais l'impression qu'on en entendait de moins en moins parler…", nous assène le premier membre du corps enseignant que nous croisons. Une jeune femme se rend solidaire de notre visible embarras et précise gentiment: "Vous savez, l'école n'a connu aucun cas." C'est alors qu'un prof du secondaire supérieur nous aborde avec un sourire convenu: "Dites, ce sont des ados comme les autres, hein…, nous glisse-t-il avec un sourire entendu.D'ailleurs, je suis à peu près sûr qu'il y en a qui viennent encore ici seulement pour draguer. Alors, la Syrie…" Et son homologue des classes inférieures de conclure: "Ils ne savent même pas où c'est. Encore moins les religions qui y sont pratiquées ou les protagonistes du conflit."

C'est là qu'on réalise que, depuis deux ans, les établissements scolaires concernés par le départ de l'un ou l'autre de leurs élèves racontent en fait la même histoire. Du jour au lendemain, un de leurs élèves manque à l'appel. Quelques jours plus tard, on apprend qu'ils se sont rendus en Syrie, au grand étonnement de leurs professeurs: "Ce n'étaient pas des enfants à problème", "Ils n'avaient même jusqu'ici affiché le moindre intérêt pour la cause syrienne en classe." L'école que nous visitons n'a donc pas été confrontée au phénomène. Mais plusieurs profs abondent en ce sens: "Je connais le cas d'un gosse qui n'était pas spécialement mal dans sa peau et plutôt bien intégré", confie l'un. Un autre se rappelle un jeune homme bien sous tout rapport. "Il avait un emploi stable, une voiture, tout. Il est mort, maintenant." Et puis, il y a le cas très particulier de ces convertis, qu'on retrouve en proportion importante dans les bataillons de Belges en Syrie. "Des mecs qui partent un mois à peine après avoir embrassé l'islam. C'est un véritable lavage de cerveau."

La suite de notre enquête dans le Moustique du 17 septembre.

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