Trottoirs et pots de fleurs

Si on faisait des élections tous les ans? C’est ça, le Peiff’ a encore forcé sur l’Orval. Ah ben non! Pas un seul (on dit "un" Orval). Je suis sérieux.

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Vous n’avez pas remarqué? Le "Super Sunday" de 2014, la "mère des élections" de la mort qui va tuer sa race, c’est dans pile un an. Et là, subitement, nos amis sont chaud-boulette. Généralement, on vit ça genre six mois avant les communales: on remplace nos trottoirs défoncés et on garnit nos rues de jolis pots de fleurs. Mais là, la tactique "trottoirs/pots de fleurs" s’est emparée du pouvoir régional et même fédéral.

Deux exemples, pour vous dire… Un: le ministre des Finances, Koen Geens, finalise une loi qui va "interdire les rémunérations variables" des dirigeants de banques aidées par l’Etat (à peu près toutes). Finis, les golden handshakes (primes de bienvenue), les parachutes dorés, stock-options, bonus et retraites chapeaux.

Ça nous fait quoi? Cinq ans que la gigacrise financière de 2007-2008 a éclaté et que l’Etat (donc nous) a dû vomir des milliards pour non pas "aider" mais "sauver" les banques. Provoquée par qui et par quoi, cette gigacrise? Par la course au profit à très court terme inventée par et pour ces mêmes dirigeants. Je résume le bidule: faire gagner à sa banque le plus d’argent possible en très peu de temps grâce à des manipulations ultra-risquées (réalisées avec notre argent), ceci en échange de rémunérations de dingue calculées sur ces "performances" à court terme. Total: une bulle financière délirante, qui explose et provoque la plus grande crise de mémoire de vivant. Et là, pile un an avant le 25 mai 2014, le gouvernement annonce que, cette fois, c’est fini-fini.

Cinq ans! Il aura fallu cinq ans! On a failli attendre. Je dis ça parce que 31 dirigeants de Belfius (l’ex-Dexia) viennent de toucher 1,1 million de bonus divers pour leurs "performances" 2012. Comme avant. Vive les élections! Vive l’effet trottoir/pots de fleurs.

Exemple deux: la Région de Bruxelles-Capitale, disons quelque peu assoupie sous l’ultime ministre-présidence de Charles Picqué. Le bon Charles raccrochant bientôt les crampons, le PS intronise son successeur désigné un an avant le scrutin: Rudi Vervoort. Le nouveau ministre-président convoque en séminaire ses ministres régionaux de l’Olivier à… Ostende. Et là, l’air iodé provoque un festival de trottoirs/pots de fleurs!

Rudi nous revient avec des paquets-cadeaux inouïs, des décisions vraies de vraies sur une tripotée de dossiers aussi emblématiques qu’embourbés. Et alleï, un nouveau stade national de 50.000 places et un plateau du Heysel totalement rénové! Et hop!, un Musée d’Art contemporain pour la capitale de l’Europe ainsi qu’un nouveau parc à Tour & Taxis!

Et zou!, 5.000 logements construits incessamment sous peu! Et bardaf!, des dizaines de millions trouvés pour soutenir l’emploi des jeunes Bruxellois au chômage! Et tiens!, une zone franche et plein de terrains libérés le long du canal pour les affecter à la création de nouvelles entreprises! Si ça se trouve, les boules de l’Atomium vont être total relookées par Olivier Strelli.

Et si j’étais mauvaise langue, je dirais que le grand Charles a un peu lambiné exprès pour permettre au p’tit nouveau de se faire un nom au bon moment. Vive les élections! Vive le trottoir/pots de fleurs!

vincent.peiffer@moustique.be

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