Trop d’étudiants à l’université

Faut-il limiter l'accès aux études supérieures? Ministres et responsables académiques n'apprécient pas la brutalité de cette question. Pourtant, le très généreux système universitaire belge commence à montrer ses limites: trop d'échec à l'entrée et trop peu de débouchés à la sortie.

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Trop d'étudiants à l'université? Posez la question à Jean-Claude Marcourt, ministre de l'Enseignement supérieur francophone (PS) ou à son adversaire politique Françoise Bertieaux, Chef de groupe MR au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et vous recevrez la même réponse. Le premier: "Non, parce que cela reste la meilleure garantie pour former des citoyens responsables. L’enseignement supérieur revêt bien plus d’aspects que simplement apprendre un métier." La seconde est plus catégorique encore: "Trop d’étudiants? Jamais! C'est ni plus ni moins qu'un principe fondamental, un objectif de société."

A l'université, même son de cloche. Marc Lits pro-recteur à l'enseignement et à la formation à l'UCL: "la loi, en Belgique, dit que, hormis quelques exceptions, tout le monde a le droit d'aller à l'université". Philippe Emplit, vice-recteur de l'ULB: "plus les gens sont éduqués, mieux ils ont tendance à s'entendre." Corinne Martin, présidente de la Fédération de étudiants francophone: "Ce n'est même pas une question valable". 

Inflation de diplômes

En 2006 déjà, la sociologue française Marie Duru-Bellat créait pourtant la polémique. Dans son livre, L'inflation scolaire, elle expliquait que dans les pays riches, nous serions parvenus à un "effet de seuil". "On arrive à saturation. Il y a aujourd'hui dans les pays riches plus de 40% de diplômés du supérieur, qui attendent tous des emplois en rapport, et les rémunérations qui vont avec. Sauf qu'au final, ces jeunes diplômés sont déçus, avec le sentiment d'avoir été trompés." Ce qui ne les empêchent donc pas d'arriver massivement sur les bancs des facultés, année après année.

Est-ce la même chose chez nous? Aujourd'hui, 80.000 étudiants squattent les bancs des universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et 80.000 autres ceux des Hautes écoles. Le problème, c'est que plus d'un sur deux y échouera la première année. Les autres (environ 26%) abandonnent, redoubleront (30 %) ou tenteront de se réorienter. Cela fait-il de l'enseignement supérieur belge un cancre en Europe? Malheureusement, il reste très compliqué de comparer les taux de réussite et d'abandon au niveau européen. Faute d'harmonisation statistique. Et aussi parce que le mot "échec" ne revêt pas la même signification partout. A ce propos, Corinne Martin (FEF), nous glisse que, en Fédération Wallonie-Bruxelles, "le truc aujourd’hui, c’est de tronquer les statistiques: en faisant abandonner les élèves plus vite, en les redirigeant par ci par là. Comme ça, il y a moins d’échecs à la fin de l’année…"

Plus d'un étudiant sur deux busé en fin de première? Voilà qui donne le droit, malgré les remarques préliminaires, de s'interroger sur la pertinence de ce « tous à l'unif » auquel les autorités politiques comme académiques semblent scotchées. Surtout au regard du coût pour la collectivité que représente un étudiant dans le système belge, assez généreux par ailleurs.      

Et si tout cela, d'ailleurs, n'était qu'une question d'argent? Car qui dit argent dit meilleur encadrement donc possibilités accrues pour l'étudiant de réussir son cursus. En Belgique francophone, tout débat sur l'université passe ainsi obligatoirement par la case "refinancement". Depuis 1996, l’enveloppe budgétaire de ce secteur a gonflé de 16%. Mais le nombre d’étudiants a augmenté de… 37%. Le refinancement tant attendu est annoncé à l'horizon 2017. Quoique. Dans l'opposition, Françoise Bertieaux en doute: "on l’a promis du bout des lèvres… mais comme ils disent qu’ils ne seront pas à l’équilibre avant 2018… Comment vont-ils faire?"

La suite du dossier dans le Moustique du 1er avril 2015

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