Toute la Belgique avec les Diables, toute? (texte intégral)

Au nord du pays, les Diables Rouges n'ont pas toujours fait l'unanimité. Surtout pas leur entraîneur Marc Wilmots. Trop Wallon, trop belgicain, trop...

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A quelques jours  d'une qualification pour le Brésil, la Flandre soutient-elle la Belgique?

En juin 2012, lors de la nomination de Marc Wilmots, c’est Stephan Keygnaert, du quotidien Het Laatste Nieuws, qui s’est montré le plus critique à l’encontre du Taureau de Dongelberg. "Un coach fédéral doit pouvoir faire plus que courir en short en criant hup, hup! Il doit avoir une expérience en tant qu'entraîneur, pouvoir soumettre un C.V. et échapper à l’image du vieux Belge. Wilmots ne répond à aucun de ces trois critères", écrivait-il. Quatre mois plus tard, alors que la Belgique venait de triompher en Serbie (0-3), le ton avait déjà changé même s’il subsistait des réticences: "Nous déplorons juste le fait que Wilmots, alors que les joueurs étaient déjà rentrés dans les catacombes, ait enfilé sa veste pour aller saluer les supporters dans le rond central. Un peu euphorique de son succès, notre sélectionneur…" Mais seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Après le succès 0-2 en Ecosse, le mois passé, Keygnaert écrivait: "Wilmots est-il le coach fédéral idéal? Il y a 12 mois, nous pensions que non. Aujourd’hui, il semble que oui. Il sent le jeu de manière exceptionnelle et son coaching est remarquablement flexible. Il sait précisément ce qu'il faut faire, et quand".

"Au départ, j’étais très sceptique , reconnaît Keygnaert. Ce n’était pas une question communautaire. Simplement, je pensais qu’il ne serait pas à la hauteur sur le plan tactique et j’avais aussi de gros doutes sur ses facultés à communiquer avec les stars. Sur ces deux points, je me suis trompé." Il ajoute toutefois: "Wilmots a eu la chance d’hériter d’une équipe qui arrive à pleine maturité. Christian Benteke, par exemple, est aujourd’hui une star en Premier League anglaise, alors qu’à l’époque de Georges Leekens, il n’était encore qu’un réserviste à Genk". Certains ont pensé que les critiques de Keygnaert envers Wilmots étaient liées à l’amitié que le journaliste voue à l’ancien sélectionneur Georges Leekens. "Amitié est un grand mot, corrige Keygnaert. Il est exact que j’ai entretenu une très bonne relation avec Leekens pendant dix ans, mais je dois rester correct envers tout le monde. Je suis déçu par ces collègues qui avaient fortement critiqué Wilmots lorsqu’il était adjoint mais qui, lorsqu’il a été nommé, ont retourné leur veste pour ne pas se mettre le nouveau sélectionneur à dos. Deux journalistes ont conservé la même ligne de conduite: François Colin et moi."

François Colin écrit pour l’autre grand quotidien flamand Het Nieuwsblad. C’est l'autre pape du journalisme sportif en Flandre. Lors de la nomination de Wilmots, le quotidien avait écrit: "L'Union belge joue avec le futur de son équipe nationale. Faire cela à un moment aussi crucial dans la carrière de cette génération dorée, c'est injustifiable". "Je reprochais surtout à Wilmots son manque d’expérience, justifie Colin. Avec le recul, je dois reconnaître que le choix de l’Union belge s’est avéré judicieux." Selon Colin, la méfiance des Flamands envers Wilmots n’est pas liée au fait qu’il soit Wallon. "C’est une idée reçue qui a surtout cours en Wallonie. Nous jugeons les gens sur leurs performances, pas sur la langue qu’ils parlent. Regardez Michel Preud’homme: il a été accueilli à Bruges comme un demi-Dieu et il était un héros à Malines lorsqu’il était joueur." Colin habite à Anvers, le fief d’un certain Bart De Wever. "Il y a peut-être une petite frange de la population qui souhaite l’indépendance de la Flandre, mais dans leur grande majorité, les Anversois aussi sont derrière les Diables Rouges."

 

Au nord du pays, les matches des Diables Rouges se partagent également entre deux chaînes de télévision. Mais si, du côté francophone, la RTBF diffuse les matchs en déplacement et RTL ceux à domicile, en Flandre c’est l’inverse. La chaîne privée Viersuit notre équipe nationale hors de ses bases et la chaîne publique VRT retransmet du stade Roi Baudouin. C’est donc Bart Raes (qui, au quotidien, travaille pour Belgacom 11+), accompagné de l’ancien footballeur de Bruges Franky Van der Elst comme consultant, qui commentera à Zagreb l'exceptionnel Croatie-Belgique décisif pour la qualification à la Coupe du monde 2014.

Ce vendredi 11 octobre, il espère crier à l’antenne "Wij gaan naar Brazilië!", comme, en novembre 1985 à Rotterdam, le regretté Rik De Saedeleer avait crié "Wij gaan naar Mexico!" lors du coup de tête de Georges Grün qui nous propulsait vers la Coupe du monde au Mexique. L'audience en tout cas sera au rendez-vous. Lors du match précédent, en Ecosse, elle avait atteint la moyenne de 1,2 million de téléspectateurs, avec une pointe à 1,4 million. Sans parler des écrans géants qui ont aussi fleuri dans les principales villes du nord du pays. "L’enthousiasme est exceptionnel autour des Diables Rouges. Même à Anvers!,sourit Bart Raes. En avant et en après-match, nous aurons d'ailleurs une liaison directe avec la métropole afin de rendre compte de l’enthousiasme qui règne là-bas. J’espère que la liesse sera aussi grande qu’elle l’avait été sur la Grand-Place de Bruxelles en 1986."

Les Diables Rouges sont souvent cités comme l’un des derniers grands symboles d’une Belgique unifiée, un symbole utilisé selon les circonstances par les partisans et les adversaires d’une éventuelle future Belgique confédérale. "Moi, c’est le terrain qui m’intéresse", précise immédiatement Bart Raes. Et sur le terrain, Marc Wilmots est devenu indiscutable. "Dès sa nomination, j’étais très enthousiaste. Car c’est un motivateur hors pair. Dans ce domaine, il est de la trempe de Michel Preud’homme. Pour réussir comme coach, il faut posséder deux qualités essentielles: avoir un certain sens tactique et savoir gérer un groupe de personnes pour les amener à poursuivre le même objectif. Wilmots est très bien perçu en Flandre. Je ne le considère d’ailleurs pas comme un Wallon, mais comme un vrai Belge. Il est marié à une Flamande, se débrouille très bien en néerlandais. Pour remplir la tâche de coach fédéral, il faut pouvoir faire l’unanimité au nord comme au sud du pays."

Vu d'ici, on a pourtant eu l'impression que Wilmots et Elio Di Rupo ont suscité la même méfiance viscérale, comme si pour un Flamand avoir un coach fédéral francophone était aussi difficile à avaler qu'être dirigé par un Premier ministre francophone."Il ne faut pas mélanger sport et politique. Pour moi, si le coach fédéral avait été Chinois, je l’aurais accepté aussi, à partir du moment où il obtient des résultats. Et c’est le cas avec Wilmots. Je ne crois pas non plus que la probable participation des Diables Rouges à la Coupe du monde au Brésil va influencer les élections de juin 2014.Ce sont deux choses totalement différentes. Les gens vont revêtir leur maillot tricolore quand les Diables joueront et, le jour des élections, ils iront voter en fonction de leurs convictions."

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